Logistique

Le futur se prépare grâce aux décisions logistiques d'aujourd'hui

« Logistics for the future » était le thème du Forum organisé par AFILOG le 1er mars. Trois directeurs logistiques de grands groupes sont venus y présenter leur vision de la supply-chain : Bernard Amoury, vice président supply-chain des affaires industrielles de Sanofi Aventis, Thierry Kensicher, responsable logistique de Migros Genève et Christophe Lepage, directeur supply-chain de Vivarte. Michel Savy, professeur à l’Université de Paris Est, nous livre les enseignements de ce forum.

En partenariat avec

« Sanofi nous a donné une vision de la logistique dans la mondialisation. Comment un groupe pharmaceutique mondial se devait d’avoir une logistique mondiale avec la mise en place d’un réseau de plates-formes régionales, au sens continental du terme, dotées d’une relative autonomie, et jouant un rôle de répartiteur à l’intérieur de ces grandes régions : Amérique, Europe, pays méditerranéens… La deuxième chose qui m’a frappée est que même les médicaments sont massivement transportables par voie maritime, sans s’interdire d’utiliser la voie aérienne quand il y a une urgence. 95 % de leurs flux passent par la voie maritime, ce qui réduit à la fois les coûts et les émissions de gaz à effet de serre.

« Migros  est le premier groupe de distribution en Suisse. Avec l’ensemble de ses filiales, il occupe 1 % de la population nationale ! Il a pour caractéristiques d’être son propre producteur pour une grande part des produits vendus et d’avoir un statut de coopérative à but non lucratif, attribuant 1 % de son chiffre d’affaires à une fondation culturelle et sociale. En matière logistique, le plus frappant est l’utilisation massive du chemin de fer. Contrairement au discours le plus fréquent en France, qui préconise le ferroviaire uniquement sur la longue distance, on peut ainsi avoir une distribution ferroviaire sur de courtes distances et qui fonctionne très bien. Cela suppose, bien sûr, de mettre en place des plates-formes régionales puissantes afin de massifier les flux et justifier un embranchement ferroviaire. Il est clair que même en Suisse, le ferroviaire doit être plus coûteux que la route, mais le groupe Migros a clairement une vision à long terme et fait preuve d’une véritable responsabilité sociale.

« Vivarte est un groupe ancien, distribuant des vêtements et des chaussures, avec un panel de marques très diversifié (André, Caroll, Halles aux Chaussures…) correspondant à des cibles différentes en termes de niveau de gamme et de lieu de distribution (centres-villes ou centres commerciaux de périphérie). Au lieu de mettre en place une énorme logistique unique, à la recherche d’économies d’échelle probablement illusoire, le groupe a mis en place des organisations logistiques séparées et parallèles pour chaque enseigne, pour tenir compte des différences de rotation des stocks, de modalités de soldes, etc.  Pour autant, certaines fonctions sont gérées collectivement, notamment la négociation des tarifs avec les transporteurs.

En conclusion, on peut penser que l’avenir de la logistique ne sera pas bouleversé par une technologie miracle. Toutefois, en croisant les facteurs économiques, sociaux ou environnementaux à l’échelle de la mondialisation, des tendances, des contraintes et des perspectives se dégagent.  La logistique est au cœur de notre vie quotidienne, mais aussi des scénarios d’avenir du système économique tout entier. »