Logistique

[JAPON] : la logistique en rez-de-chaussée

Les takkyubin, services de distribution spécialisée, notamment dans le B to C, sont des prestations de messagerie uniques au monde. Au premier abord, la rentabilité de ces services tient du miracle, tant il est vrai que l’organisation de la ville japonaise contient nombre de facteurs rendant difficile la livraison, par exemple la rareté du foncier et la complexité des adresses (pas de noms de rue, sauf pour les avenues principales et pas de numérotation ou alors une numérotation selon la date de construction).

Néanmoins, la distribution urbaine au Japon est de loin l’une des plus matures et performantes au monde. Cela s’explique par l’aménagement viaire, par la flexibilité de la main d’œuvre, par la culture de la confiance, par des spécificités du marché de transport routier de fret, par l’utilisation de technologies sophistiquées et partagées d’information, permettant optimisation et traçabilité, le tout en temps réel. Mais aussi par la présence en ville d’espaces logistiques diffus, parfaitement gérés et aménagés, notamment en pied d’immeuble.

Le réseau de ces espaces, allant de à 20 m² à pas plus de 200 m², permet une réactivité et une qualité de service inouïe, correspondant aux standards d'exigence très élevés du consommateur japonais.

Le marché de la distribution spécialisée est partagé entre 3 grands takkyubin (messagers express) : Yamato (38 % de parts de marché), Sagawa (33%) et Nippon Express (issu de l’opérateur historique 10%). De nombreux plus petits opérateurs participent aussi à la livraison quotidienne de plus de 9 millions de colis.

Le takkyubin Yamato, reconnaissable à son chat noir kuroneko portant son bébé avec autant de soin que les colis de ses clients, a des espaces logistiques dans presque chaque rue au Japon. Ce réseau est complété par un partenariat fort avec les chaînes de konbini, (convenience stores), supermarchés de quartier ouverts 24/24h qui servent de points-relais. Le tout dernier kilomètre est assuré par des petits véhicules électriques ou hybrides, ou des vélos triporteurs, voire par des charriots poussés à bras d’homme (ou de femme !).

Sagawa dispose d‘un nombre moindre d’espaces de proximité de transbordement et tri, mais davantage de plates-formes périurbaines de taille moyenne. Le maillage est moins dense et les livraisons assurées par des véhicules plus grands que Yamato, avec un accent mis sur l’optimisation des tournées et sur une certaine massification, qui reste a taille humaine.

C’est cette densité d’espaces logistiques de proximité qui permet un niveau de service exceptionnel : livraison le soir, le week-end, avec le choix de 6 plages horaires de 1 ou 2 heures.

La ville japonaise prouve sa capacité à intégrer des surfaces logistiques en cœur de ville; permettant de trouver une équation financière viable dans un contexte de prix du mètre carré urbain bien supérieur à l‘Europe. Cette symbiose entre la logistique et la ville est la clé d’une performance logistique exceptionnelle. Si évidemment tout n’est pas transposable du schéma japonais, on peut quand même attendre de nos aménageurs de prévoir des espaces logistiques de rez-de-chaussée ou en sous-sol. Qui, fort probablement, trouveront preneur.

  • Diana Diziain

    Chargée de mission transport de marchandises & logistique - Communauté urbaine de Lyon

    Auteur(e) de 7 articles