Logistique

Umetate-chi : la logistique gagne du terrain

Le Japon, pays à l’espace constructible limité, a dû fait preuve d’imagination pour optimiser l’espace, construire sur de nombreux étages, par exemple, y compris des entrepôts. Mais il y un moment où l’imagination et l’optimisation de l’espace existant ne suffisent plus. Il a fallu alors trouver des solutions techniques pour gagner des terrains constructibles. Les umetate-chi 埋め立て地 ou "terre-pleins" en sont la parfaite illustration et leur nom est très évocateur : umetate 埋め立てvient du verbe remplir et chi 地 signifie "terre" ou "terrain". Il s’agit en effet non pas d’assécher par pompage comme cela est fait dans le cas des polders, mais de remplir un espace conquis sur la mer avec divers matériaux allant des déchets au sable.

Existants depuis le début des années 50, les umetate-chi ont d’abord accueilli des complexes industriels comme l’aciérie Nippon Kôkan de Fukuyama (Hiroshima) ou le complexe d’industrie lourde de Mizushima (Okayama) qui accueillait dans les années 1970 près de 100 usines.

Aujourd’hui, les terre-pleins accueillent des activités bien plus diversifiées. Une visite du port et de la baie d’Osaka offre la mesure de cette diversité. A l’origine, le port d’Osaka était un modeste delta fluvial, mais avec l’industrialisation du Japon il n’a cessé de s’agrandir et de conquérir de l’espace sur l’eau.

Des îles artificielles ont été créées : Sakishima, Maishima, Yumeshina. Elles accueillent des kilomètres d’installations logistiques portuaires. La logistique est très présente. Mais on y trouve aussi, à Maishima par exemple, diverses activités productives, de maintenance et réparation (bateaux), ainsi qu’un port de plaisance, un parc d’attractions, une usine d’incinération au style futuriste, œuvre de l’architecte autrichien Friedensreich Hundertwasser, un village de la poterie, un héliport, des stades.

L’île voisine de Sakishima accueille des hôtels (Hyatt, Cosmosquare), des immeubles de bureaux (World Trade Center Cosmo Tower où on trouve des bureaux de la Préfecture d’Osaka), une université, un centre commercial, des immeubles d’habitation. Le tout desservi par le métro. Fréquentée en semaine par des travailleurs, l’ensemble devient le dimanche un lieu de promenade prisé pour une clientèle très familiale qui, le temps d’un instant, fait oublier au visiteur le taux de natalité très bas du Japon.

Le tour de force des aménageurs a été d’arriver à créer une mixité fonctionnelle réussie, et de l’animation urbaine dans un paysage environnant fait d’activités logistiques, industrielles et portuaires, dont l’urbanité ne saute pas aux yeux. Une promenade en poussette le long des entrepôts Sumimoto est en effet une sortie dominicale appréciée.

  • Diana Diziain

    Chargée de mission transport de marchandises & logistique - Communauté urbaine de Lyon

    Auteur(e) de 7 articles