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Comptons sur nos propres forces

Nous sommes aujourd’hui toujours au cœur de la crise économique et financière qui a commencé en 2007 et qui a connu un premier point d’orgue avec la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008. Cette crise, dans laquelle l’immobilier financé artificiellement par un surendettement des ménages américains a joué un rôle majeur, est d’une gravité comparable à la crise de 1929.

Cette gravité a été dans un premier temps atténuée, grâce à un financement public massif qui a sauvé le secteur financier privé de la faillite. Ce financement public du secteur privé a considérablement aggravé les déficits publics, même si ces derniers étaient apparus bien avant, le choix politique dominant fait depuis plusieurs dizaines d’années étant de reporter le financement notre niveau de vie actuel sur nos enfants.

Cette grave crise économique se double d’une crise écologique aux perspectives à moyen terme catastrophiques, liées au dérèglement du climat dû à nos émissions de gaz à effet de serre, le tout sur fond de luttes sans merci pour le contrôle et la sécurité de l’approvisionnement énergétique.

L’immobilier est l’enjeu mondial numéro un de la question énergétique et environnementale. En France, en 2010, 43 % de l’énergie finale ont été consommés dans l’immobilier, 32 % dans les transports, 22 % dans l’industrie et 3 % dans l’agriculture (*). Ceci sans compter l’énergie grise contenue dans la fabrication et la rénovation des immeubles, et en rappelant qu’une partie importante des transports individuels est générée par l’immobilier non situé sur les transports en commun.
Pour diminuer l’impact considérable de l’immobilier sur le climat et les problèmes de l’approvisionnement énergétique, le politique, au niveau européen, repris par le Grenelle de l’Environnement, a fixé au secteur des objectifs très ambitieux. Pour les atteindre, mieux vaut compter sur ses propres forces.

Les professionnels de l’immobilier et du bâtiment sont en passe de gagner la bataille des bâtiments basse consommation neufs, sans augmentation significative des coûts, alors que de nombreux Cassandre nous annonçaient des surcoûts de 20, voire de 30 % ! Reste maintenant à vérifier que les performances sont bien au rendez-vous.
Mais l’impact de la construction neuve ne sera important qu’à partir de 2050. En attendant, le grand défi est la baisse des consommations énergétiques dans le parc existant. Contrairement au neuf, les professionnels n’ont pas encore trouvé l’équation économique.

Ne comptons pas sur l’Etat pour financer de manière importante cette baisse de consommation dans les 3,5 milliards de m² d’immeubles existants. Innovons, faisons feu de tout bois. Travaillons sur les trois dimensions de l’efficacité énergétique : la rénovation des immeubles, la qualité de l’exploitation, le comportement des utilisateurs.

Dans tous les cas, il y a une véritable révolution culturelle à engager : le passage d’un engagement de moyens à un engagement de performances. Les changements relatifs à l’exploitation peuvent être rapides, efficaces et peu coûteux. Commençons par cet effort, partout. Les changements de comportements des utilisateurs seront lents et difficiles, mais peu coûteux en investissement. Il faut commencer dès aujourd’hui. Des innovations étonnantes voient le jour, comme par exemple dans certaines entreprises une quote-part de l’intéressement salarial dépendant de la consommation réelle d’énergie de l’immeuble dans lequel les employés travaillent.

Quand il s’agit de faire des travaux, en particulier sur l’enveloppe, l’argent manque. Mais l’innovation en matière d’ingénierie financière n’en est qu’à ses débuts : densification de l’opération, certificats d’économie d’énergie, tiers investissement, partenariat public privé, contrat de performance énergétique, marché de CO2 domestique…

Oui, comptons sur nos propres forces.


(*) Bilan énergétique de la France pour 2010. Ministère de l’Ecologie, du Développement Durable, des Transports et du Logement. Juin 2011.