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Le plan bâtiment Grenelle, ça marche !

Je veux m’élever vigoureusement contre cette idée qui circule, suivant laquelle le temps du Grenelle serait révolu et la dynamique de mise en mouvement de la société s’essoufflerait. Je ne sais pas ce qu’il en est pour l’ensemble des pans du Grenelle de l’environnement, en revanche on peut montrer aisément que le plan bâtiment du Grenelle, ça marche.

L’erreur de perspective peut être due à ce que l’appareil d’Etat est moins présent dans l’animation de ce plan, même s’il continue à produire régulièrement les textes réglementaires attendus. Mais cette mise en retrait de l’Etat est dans l’ordre des choses, puisqu’une fois l’impulsion donnée, le cap fixé, il appartient à la société civile de s’approprier le plan et d’en assurer la mise en œuvre. En somme, l’Etat a largement fait son travail, et c’est à nous tous maintenant de faire vivre ce beau défi de transformation de la société.

C’est d’ailleurs ce qui se passe si l’on veut bien ouvrir les yeux : d’abord, une sensibilité accrue des ménages et des entreprises à la question de l’efficacité énergétique et de la recherche des économies d’énergie. L’affichage du score énergétique de l’immeuble, lors de sa mise en vente ou en location, a sûrement contribué à cette prise de conscience généralisée (environ 700 000 transactions par an). On sait que, dans les zones non tendues où un acquéreur a le choix de son logement, la qualité énergétique du bien ainsi déclaré lors de la mise en vente pèse sur le prix de la transaction ; c’est un premier signe de ce que l’on appelle la valeur verte.

Du côté de la construction, on est allé plus vite que la musique puisque l’essentiel des opérations de promotion d’immeubles collectifs ou de construction de maisons individuelles ont, sans attendre la date d’entrée en vigueur de la RT 2012, mis en application celle-ci par anticipation. Et l’on voit que les prix de la construction de ces ouvrages sobres en énergie s’alignent progressivement sur les prix des constructions d’hier, parce qu’un effort de productivité et de maîtrise des coûts est en train de s’organiser.

Et déjà, nous réfléchissions à ce que sera la règlementation à l’horizon 2020, qui conduira à l’édification d’immeubles à énergie positive : une chose est sûre, la règle nouvelle ne sera pas simplement thermique.

C’est évidemment du côté de la rénovation énergétique des bâtiments que les choses avancent moins vite, et il n’y a pas lieu de s’en étonner, même s’il est urgent d’agir, à un moment où le prix de l’énergie va augmenter inéluctablement. Il nous faudra évidemment des années pour acculturer l’ensemble de notre société à l’idée de rénover son logement ou son local professionnel, puisque l’acte de rénovation immobilière n’est pas inscrit dans nos gènes. Mais il y a déjà de belles réussites : les bailleurs sociaux ont déjà rénové énergétiquement près de 150 000 logements, parmi les 800 000 repérés comme énergivores, et le processus s’inscrit maintenant dans la durée puisqu’ils disposent, depuis le début de cette année, d’un financement approprié. La lutte contre la précarité énergétique des ménages les plus fragiles a maintenant démarrée, l’ensemble des conseils généraux prenant en charge l’animation de ce programme porté par l’Agence nationale de l’habitat. C’est un immense chantier, qui doit nous conduire à sortir de la précarité énergétique 300 000 ménages en l’espace de six années. L’action est financée, et il ne tient plus qu’aux opérateurs à ce qu’elle soit un plein succès.

De grandes collectivités territoriales ont aussi entrepris la rénovation de leur parc, spécialement celui affecté à l’éducation : la rénovation des lycées dans de grandes régions, la rénovation d’écoles dans certaines villes, notamment celle de Paris : malgré la difficulté que les collectivités territoriales rencontrent pour accéder à un financement, le processus s’engage nettement. Et l’on sait aussi qu’en ce début d’année 2012, les copropriétés vont pouvoir engager la rénovation énergétique des immeubles collectifs, spécialement depuis que la loi de finances a mis en place un éco-prêt collectif à la copropriété, qui devrait permettre de décider l’engagement de travaux.

Ce qui a en revanche moins bien marché ces derniers mois, c’est l’aide aux ménages pour la rénovation des maisons individuelles, dans la mesure où la distribution de l’éco-prêt à taux zéro a marqué le pas. Dès que nous avons perçu ce ralentissement, nous avons fait en sorte d’adapter ce mode de financement de façon que sa distribution vigoureuse puisse reprendre, et c’est ce que la loi de finances pour 2012 vient de faire.

Il reste la grande question de conduire la rénovation du parc tertiaire privé et public d’ici à 2020, et l’on sait qu’une obligation de travaux a été inscrite dans la loi Grenelle 2 et doit être mise en œuvre par un prochain décret d’application. Là encore, nous avons collectivement travaillé à dire ce que pourrait être le contenu de ce décret, et les propositions faites ont été assez unanimement accueillies. Il reste à décider la mise en chantier du décret, et la santé des entreprises, comme la difficulté de financement des collectivités locales, incitent évidemment à la prudence. Notre recommandation est à cet égard de ne pas retarder la parution du décret, mais de prévoir que le processus de l’obligation de travaux sera progressif, après une première phase de quelques années permettant de mieux connaître la performance énergétique du parc et d’engager sans attendre les actions et travaux les moins coûteux.

Mais pour satisfaire toute cette demande, dans sa grande hétérogénéité, il faut en face une offre de services pertinente, qui a su s’adapter à la nouvelle donne : c’est tout le processus de qualification des entreprises qui est actuellement mené, redoublant les actions de formation à leur égard et, par le label « reconnu Grenelle environnement », en permettant aux entreprises qui ont déjà fait cet effort de formation, de le faire connaître à leur clientèle. C’est un processus indispensable qui va nous aider à transformer l’industrie immobilière, à l’instar des autres pans de l’industrie française qui ont su assurer leur mue.

En somme, le chantier ouvert est immense, et personne ne doit s’attendre à ce qu’il soit bientôt achevé. Le législateur a eu la sagesse de l’inscrire dans la longue durée, à l’horizon 2050, et c’est bien ainsi que nous réussirons cette transformation de la société française, par la production et la rénovation de bâtiments économes en énergie, sobres en atteinte à l’environnement, dans laquelle le mieux vivre sera assuré.

Pour tout cela, il faut du temps, c’est une course de fond qui est engagée, et il est heureux de voir que l’ensemble des programmes présidentiels font de la rénovation énergétique des bâtiments l’une de leurs actions prioritaires.