Logistique

L'automatisation des entrepôts

L’industrie et la logistique se confondent de plus en plus. La logistique n’est plus seulement une sous-traitance de l’industrie mais en devient une composante. Elle s’imbrique dans le système du process de production permettant une optimisation accrue des flux.

L’automatisation des outils logistiques répond aussi à ce développement et à cette évolution. Fortement utilisée en Allemagne, l’automatisation des sites logistiques se traduit en France par la construction de Magasins de Grandes Hauteurs. Afin d’utiliser au mieux les transstockeurs, les constructions atteignent des hauteurs de 32 à 35 m.

Pour accompagner le déploiement de ces solutions nécessitant un investissement initial conséquent, des structures d’investissement se sont spécialisées dans les solutions financières des équipements.

L’automatisation des entrepôts est ici abordée à travers deux exemples, qui permettent d’en appréhender les nouvelles contraintes en termes de droit de construction, de technicité et de financement.

La nouvelle logistique doit répondre à des objectifs d’optimisation accrue. La question de l’automatisation se pose pour tout nouveau projet logistique. Elle ne constitue pas une réponse systématique pour autant.

La plateforme centralisée du groupe Senoble à Villeroy (89) traite l'ensemble des productions en froid positif du groupe, soit trois unités de fabrication en France. Initialement prévu pour de la distribution de masse et sans préparation de commandes poussées, ce programme comportait un Magasin de Grande Hauteur et deux cellules d’expédition pour la phase 1. L’évolution de la demande de la grande distribution a conduit à la réalisation d’une cellule complémentaire de picking et d’une cellule de réception automatisée.

L’existence de réserve foncière et l’anticipation dès la conception du programme immobilier des extensions ont permis de développer et d’adapter la solution initiale en conservant une automatisation très complète.

L’automatisation nécessite de nouvelles pratiques logistiques, qui s’apparentent aux process industriels : nécessité de contrôler les supports palettes, utilisation de palettes synthétiques non déformables, contrôles des palettes entrantes avec dispositif de recalibrage, etc.

Les techniques de construction sont également spécifiques avec la réalisation de dallage de haute planimétrie, une interface process/bâtiment forte, des contraintes immobilières liées à la sécurité et aux traversées par les automatismes des murs CF, au respect de dimensions utiles entre structures, etc. Ici la précision est de l’ordre de quelques millimètres, bien au-delà des tolérances usuelles de la construction.

Le constructeur doit par conséquent disposer des technicités et des savoir-faire propres à des réalisations aussi spécifiques, l’enjeu portant sur l’implication dans le process et de son interface avec le bâtiment. Il s’agit de conception sur mesures permettant une optimisation la plus forte possible de la préparation de commandes et de ses spécificités.

Le cas du site de logistique centralisée de Wicona à Soissons (02), qui comprend une unité de laquage, illustre également le choix de l’automatisation. Afin de réduire les emprises des surfaces foncières et, par conséquent, le coût de l’investissement foncier, le choix de la grande hauteur de stockage a là aussi été fait. Il s'agissait de disposer d’un outil productif de forte capacité, mais aussi d’optimiser la fiscalité immobilière d’exploitation. L’automatisation, dont le budget représentait une part identique à celle de l’investissement immobilier, a trouvé ici, avec une approche financière globale, un intérêt réel et un retour sur investissement court.

Le site de Wicona est également une unité de production industrielle de haute technologie faisant appel aux technicités européennes (à la fois françaises, suisses et italiennes). Wicona est une filiale du groupe norvégien Hydro Buildings System, qui a conçu un process totalement automatisé, tant aux niveaux industriel que logistique : Magasin de Grande Hauteur pour le stockage des produits, distribution et préparation avant laquage automatisées, chaine de laquage automatique. Un fonctionnement qui nécessite alors un nombre limité de personnes.

Le financement de ces programmes immobiliers reste un frein : en tant qu'actifs spécialisés, ils ne correspondent pas aux analyses standard. Le promoteur doit alors nécessairement s'impliquer dans la recherche d'un montage financier adapté et collaborer avec l’investisseur dans l'objectif de disposer d’un investissement standardisé. L’analyse financière doit aussi intégrer l’intérêt économique lié au gain de productivité, comme l'optimisation accrue et à sa pérennité dans le temps.

L'Allemagne a fait le choix de l'automatisation logistique. Si des groupes financiers comme Industry Capital se lancent dans le portage financier des process en France, il faut sans doute y voir le signe d’une volonté de rattraper un certain retard dans ce domaine. Les associations Afilog et Aslog contribuent également à la réflexion sur ce sujet.