Bourse / Finance

Solide comme la pierre

S’il est un véhicule qui résiste au temps, c’est bel et bien la SCPI. Donnée morte à moult reprises, la bonne vieille société collective de placement immobilier affiche un nouveau record en 2011. Record de levée de capitaux, avec plus de 3,1 Mds€ de collecte brute, selon les données de l'Aspim et de l'IEIF (Institut de l’Epargne Immobilière et Foncière). Record de capitalisation, avec la barre des 25 Mds€ en passe d’être franchie. A première vue, les français jouent le jeu de l’épargne immobilière intermédiée. A juste titre d’ailleurs, car la performance est encore au rendez-vous, avec un rendement de 5,16 %. C’est 200 points de base de mieux que le taux des emprunts d’Etat.

« Les SCPI sont à un tournant stratégique de leur histoire. Vont-elles rester relativement confidentielles ou vont-elles au contraire se généraliser, on pourrait presque dire se banaliser, dans l’épargne française ? », s’interroge, à juste titre, Guy Marty, directeur général de l’IEIF et grand ambassadeur de la pierre-papier. Car, pour l’heure, les SCPI restent une goutte d’eau dans l’océan de l’épargne française. Au-delà de leur niveau de collecte, c’est surtout la fidélité des investisseurs (seulement 1,5 % de taux de rotation des parts) qui laisse penser que la SCPI est un produit qui a la confiance des épargnants. Cela tranche avec l’assurance-vie ou les marchés actions qui ont vu fuir les investisseurs privés.

Toute collecte se traduisant par des investissements, deux mouvements stratégiques peuvent se dessiner à en croire l’analyse de Guy Marty. « Soit une croissance vers le haut, avec de grandes SCPI qui interviendraient sur le marché prime, quitte à sacrifier en partie le sacro-saint rendement qui a fondé la robustesse du produit. Soit, pour préserver cette identité par le rendement, une diversification plus appuyée vers les métropoles régionales et des actifs alternatifs accompagnant les mutations économiques », explique le directeur général de l’IEIF. D’un côté, la SCPI jouerait dans la cour des grands investisseurs, aux côtés des SIIC, investisseurs institutionnels et autres fonds non cotés. C’est un peu la stratégie des grandes sociétés de gestion qui se positionnent sur des gros dossiers et en répartissent le risque sur plusieurs véhicules, OPCI compris. De l’autre, des « boutiques » qui vendront leur expertise sur telle ou telle exposition, géographique et/ou thématique.

« Derrière la valeur refuge, c’est une contribution directe à l’économie réelle qu’apporte l’immobilier intermédié en général, et la SCPI en particulier », ajoute Guy Marty. Mais, la question que tout le monde se pose – et surtout les hommes politiques –, c’est de savoir si la SCPI peut être ce produit magique qui ramènerait les investisseurs privés sur le terrain - abandonné par les institutionnels - du logement. Sans que l’Etat mette la main à la poche (vide ou percée, c’est selon) bien évidemment. Rien n’est moins sûr. La collecte des SCPI Scellier a chuté d’un tiers en 2011 en raison du resserrement des conditions du dispositif. La preuve que sans carotte, l’âne n’avance pas. Et il n’y a pas plus têtu qu’un âne.