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La quadrature de l’inconsistance alternative

Un professeur de l’Université de Berkeley, Robert Reich, écrivait récemment que l’ère actuelle est celle du triomphe du consommateur et de l’investisseur sur le travailleur et le contribuable. Bien vu !

Comme conséquence de la fameuse globalisation, nous sommes tous libres d’acheter tout produit disponible et importé et de placer nos économies où c’est le plus profitable ; mais ceci s’exerce aux dépens du salarié-producteur (les fameuses délocalisations) et du contribuable (les dettes souveraines et la fiscalité alourdie en conséquence).

Ce phénomène est à rapprocher de la Bi-flation actuelle qui distingue la hausse des prix des produits dont nous avons besoin (alimentation, énergies…) et la baisse des prix des produits dont nous avons envie (les écrans plats, téléphones mobiles dernier-cri… généralement importés). Dans ce contexte, où placer l’immobilier ?

Les dispositions qui protègent les locataires privilégient le consommateur , mais pénalisent l’investisseur et indirectement le travailleur (moins d’investissements donc de constructions).

Pour compenser, on accorde à l’investisseur des niches fiscales qui privilégient les travailleurs (bâtiment) mais pénalisent l’Etat, ce qui se retourne contre les contribuables, via la charge de la dette donc les impôts supplémentaires. Aujourd’hui ce sont les contribuables qui sont les garants des Etats ; ce n’est pas le moindre paradoxe !

Mais les niches fiscales déforment les fondamentaux des produits immobiliers, formatés en fonction de l’avantage fiscal et non pas de la demande du consommateur, qui se trouve ainsi pénalisé (produit et prix).

La rémunération de l’épargnant-actionnaire, (à l’origine du phénomène de création de valeur) pénalise le travailleur (produire moins cher) tout en augmentant les profits qui rémunèreront l’épargne, et ainsi augmenteront le pouvoir d’achat du consommateur ; on délocalise donc l’emploi. On va pénaliser le contribuable pour sauvegarder le travailleur par les impôts sur le flux mais aussi sur le stock (appelé capital ou fortune) ce qui est économiquement dangereux (c’est l’impôt « pille-grenier » qui appauvrit un pays). L’épargne d’aujourd’hui est l’investissement de demain.

Ce système qui profite alternativement à l’un ou à l’autre manque cruellement d’analyse transverse, oublie que nous sommes alternativement travailleurs et consommateurs, investisseurs, mais… toujours contribuable.

Le partage de la valeur ajoutée des entreprises pendant les trente glorieuses au profit des salariés entraînait un désintérêt pour l’investissement dans les entreprises. Le rééquilibrage en faveur des investisseurs se fera via la financiarisation et ses effets de levier à base d’emprunts. Mais comme la création de richesses ne permettait pas de créer du pouvoir d’achat pour le salarié, on a créé du pouvoir d’achat par l’emprunt public , auprès de l’étranger, transformant ainsi la dette publique en dette souveraine : on a privilégié le consommateur et pénalisé le contribuable .

Mais ce système fondé sur le salaire « Low cost » (nord-africain d’abord, asiatique ensuite, pour nous européens) et la hausse du pouvoir d’achat du consommateur au détriment du travailleur et du contribuable (via la dette), arrive en fin de cycle. Les conséquences vont être rapidement mesurables.

Alors peut-on envisager de continuer à financer l’immobilier selon ce vieux système, de financer les normes du Grenelle sur le dos des consommateurs, copropriétaires ou locataires, de favoriser l’investisseur mais de rembourser la dette en volant l’épargnant (la répression financière), et en transformant le devoir de fiscalité en exutoire à la jalousie : la jalousie n’est ni une vertu républicaine ni économique.

Certes, les liquidités disponibles existent dans le monde (7 fois le PIB mondial) mais la tentation de conserver à tout prix la création de valeur par l’effet de levier, en rachetant à bon compte les dettes immobilières, pose la question de la compréhension du changement actuel d’époque par les intervenants, notamment financiers.
On continue à financer la finance, pas l’activité ; on favorise l’investisseur, en pénalisant le contribuable qui est aussi consommateur et travailleur ; mon bras droit ayant reçu une balle de mon pied gauche tire une balle dans mon bras gauche qui avait tiré une balle dans mon pied droit , qui avait tiré dans mon pied gauche. Compliqué !

Cette quadrature est très inconsistante mais alternative puisque nous y jouons tous les rôles successivement. Une simple analyse transverse prendrait en compte cette chaîne d’intérêts contradictoires qui coûte des fortunes aux uns et augmentent provisoirement celle des autres.
L’immobilier doit retrouver ses fondamentaux dans la consistance : c’est le marché qui détermine les besoins, le financement qui les rend possibles, et non l’inverse ; on ne peut pas continuer à refiler la facture à son voisin.

Mots-clés : Robert Reich, Grenelle