Logement
Point de vue de Philippe Taboret, Cafpi

Augmentation de 25% du plafond du Livret A : de la poudre aux yeux

L'agence de notation Moody's estime que le relèvement du plafond du livret A est un élément négatif pour la note des banques françaises. Un avis que partage Philippe Taboret, directeur général adjoint de Cafpi.

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Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, vient d'annoncer que la promesse de campagne de François Hollande serait tenue dès la rentrée : le plafond des sommes qu'il est possible d'épargner sur le Livret A sera augmenté de 25% pour être porté de 15 300 € à 19 125 €, avant une seconde hausse en fin d'année pour aller vers un doublement, tout cela sans modification de la rémunération de l'épargne.

L'objectif est clair : donner des moyens supplémentaires aux organismes HLM pour construire des logements, puisque l'argent des ménages déposé sur ce support sert à octroyer des prêts à taux préférentiels à cette fin. En première approche, tout cela est bel et bien.

La réalité est toute différente pour deux raisons majeures. La première raison tient à la structure de l'épargne du Livret A. Il faut savoir que 8,5% seulement des quelque 60 millions de comptes ouverts saturent le plafond actuel, et que 46,6% des dépôts sont inférieurs ou égaux à 150 €. En clair, il est assez peu probable que l'abondement de l'épargne disponible soit considérable, et que la manne des HLM s'en trouve augmentée de façon significative. Il faudrait que les Français modifient leurs comportements vis-à-vis de ce produit d'épargne administrée, ce qui serait surprenant.

La seconde raison est relative aux véritables freins à la construction sociale. Il ne faut qu'accessoirement les chercher du côté du financement, et bien plus du côté de la rareté foncière et de la disparité des volontés, des énergies et des compétences des organismes HLM.

Sur la question foncière, on attend que l'Etat mobilise les terrains dont il est propriétaire et incite les collectivités locales et territoriales à faire de même, en ménageant un bon équilibre entre les constructions locatives sociales et l'offre de logements privés.

Quant aux différences de souffle et de talent entre les organismes , il est grand temps d'évaluer le dynamisme à réinvestir et à construire des offices, des sociétés anonymes et des coopératives HLM, et de ne plus assimiler à de bons élèves ceux qui se contentent de gérer les loyers encaissés et de maintenir leur patrimoine en l'état.

En somme, la solution n'est pas dans la mesure qui va être prise, et le gouvernement ne l'ignore pas ! On tombe simplement dans la facilité d'une disposition administrative rustique et autoritaire. Le péril est double : qu'on fasse croire à la nation que le cap des 150 000 constructions HLM par an sera atteint par cette voie, et que les produits d'épargne banalisés soient affaiblis. Ce dernier risque n'est pas mineur : sans que la mesure draine beaucoup d'épargne vers le Livret A, elle peut, en particulier par le marketing politique qui y est attaché, conduire des épargnants à se détourner de supports privés...qui ont une utilité considérable : ils dotent les banques des fonds indispensables pour prêter aux ménages, en particulier pour acheter leur logement, et aux entreprises!

Si le premier maillon de la chaine du logement est bien le logement social, il faut aussi veiller à préserver les autres maillons qui doivent produire les 500.000 logements par an nécessaires pour casser la pénurie et la hausse des prix de l‘immobilier en France. Il y a fort à redouter par conséquent qu'on déshabille Pierre pour habiller Paul, qui plus est sans vraiment vêtir le second contre les grands froids...