Logement
Point de vue de François Gagon, Era

La politique du logement pense-t-elle aux étrangers ?

Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, vient de signer une circulaire à destination des préfectures pour assouplir les conditions de naturalisation des étrangers en France. Il abaisse ainsi clairement les barrières que son prédécesseur avait hérissées, notamment pour les étudiants des universités et écoles supérieures n'ayant pas la nationalité française, mais plus généralement pour les résidents étrangers en situation régulière sur notre territoire depuis plus de cinq années.

Le sujet est sensible en France, il est même passionnel. Mon propos ne saurait consister ici à prendre position : moi-même citoyen d'un pays lointain et ami, vivant l'essentiel de mon temps en France, y ayant construit une grande partie de ma carrière immobilière. Je porte ici un regard de professionnel du logement et je pense au lien intime entre l'ouverture de nos frontières et l'accueil physique de celles et ceux qui veulent faire partie de la nation française. Je me demande si la politique du logement prend la mesure des exigences que ce simple texte administratif fait peser sur elle.

Cécile Duflot - en a-t-elle conscience ? - est en situation de créer ou pas les conditions de la réussite totale d'une politique d'ouverture de la France. Voudrait-on que les familles qui vont venir en France pour devenir françaises, ou celles qui vont régulariser désormais plus aisément leur situation ne soient pas heureuses ici ? Voudrait-on qu'elles aient le sentiment d’être administrativement les bienvenues, mais dans les faits mal accueillies ? La construction de logements HLM est évidemment une réponse et le gouvernement en fait une priorité. Elle ne suffira pas. Il faut compter sur la mobilisation tous azimuts du parc privé, surtout pour le locatif.

On sait que le gouvernement attend 40 000 logements locatifs de plus par an en régime de croisière du dispositif Duflot. Les spécialistes sont plus réservés et parlent de 25 ou 30 000. Peu importe, la performance serait-elle double qu'elle devrait être complétée du recours au parc existant. C'est en augmentant, ne serait-ce qu'un peu, l'attrait économique et juridique de l'investissement dans l'ancien qu'on parviendra à répondre à des besoins majorés par une plus forte immigration. À titre indicatif, il se fait en France chaque année entre 70 et 90 000 achats à des fins locatives, alors qu'il pourrait y en avoir probablement deux fois plus.

Deux grandes pistes : sans doute, rééquilibrer les rapports locatifs dans la future loi de 2013 annoncée par Madame Duflot, mais aussi revoir le statut fiscal de droit commun du bailleur, en permettant une meilleure reconnaissance de ses charges d'exploitation. En tout cas, le logement est la condition de l'accueil et que sans lui, accueillir est une volonté louable, mais une politique vouée à l'échec. Nos responsables politiques doivent le réaliser d'urgence.

Business Immo