Territoires

"Je présenterai, sous une forme ou sous une autre, un projet de loi sur l'Egalité des territoires au conseil des ministres avant la fin de l'année 2013."

© PHILIPPE WOJAZER / POOL / AFP

C'est ce qu'a annoncé Cécile Duflot, ministre du Logement et de l'Egalité des territoires, lors de ses voeux à la presse.

L'Egalité des territoires est un chantier primordial pour la ministre. « L’importance de notre ambition le dispute à la lourdeur de notre tâche. Mais la dimension du domaine couvert par cette partie du champ ministériel ne doit pas inhiber notre volonté. Nous le savons : les inégalités économiques, sociales, écologiques, culturelles persistent dans notre pays. Elles existent entre territoires, ou au sein même des territoires. La multiplicité des formes qu’elles revêtent nous oblige à réactualiser nos grilles d’analyse. Pour répondre aux fractures territoriales, il faut accepter de regarder en face les dynamiques à l’oeuvre dans notre pays.

D’ores et déjà et depuis plusieurs mois, mon ministère a engagé un travail en ce sens. J’ai en effet confié à Eloi Laurent, chercheur à Sciences-Po et à l’OFCE, la coordination d’un rapport, intitulé "Vers l’égalité des territoires - Dynamiques, mesures, politiques", construit collégialement, grâce à la participation d’une trentaine d’experts d’horizons divers - géographes, urbanistes, économistes, sociologues, climatologues.

Le temps me manque pour citer ici tous les chercheurs et chercheuses qui ont accepté d’apporter leur contribution et de nous éclairer dans les domaines dont ils sont spécialistes. Je ne veux en distinguer aucun pour les saluer toutes et tous. Le résultat de leur engagement est une 8 somme, un état des savoirs solide sur le sujet, alimenté par une réflexion foisonnante. Je m’en réjouis. En outre, chaque contribution scientifique est commentée en miroir par un regard d’élu, chargé d’approfondir, d’enrichir et de mettre en perspective les réflexions des experts et chercheurs. la pluralité, la diversité et la liberté d’expression, étant - vous l’aurez compris - au coeur de la conception de ce rapport, ont été sollicités des élus, de tous bords politiques, impliqués dans leurs communes, leurs départements, leurs régions, au niveau national comme local. Je tiens à le souligner, et je souhaite remercier vivement tous ceux qui ont accepté d’apporter leur voix au débat qui s’ouvre : le Président du Sénat Jean-Pierre Bel, ainsi que les anciennes ministres Martine Aubry et Ségolène Royal ; les présidents de région Martin Malvy et René Souchon ; les présidents de conseils généraux Patrick Kanner, Yves Krattinger et Marie-Françoise Pérol-Dumont; les députés Huguette Bello, André Chassaigne, Guy Geoffroy et Pierre Morel-à-l’Huissier ; les sénateurs Marie-Christine Blandin, Françoise Cartron, Pierre-Yves Collombat, Valérie Létard, Hervé Maurey. Je voudrais que chacun ici soit convaincu que ces enjeux touchent au fondement même de notre contrat social.

La France est en effet une République dont l’égalité est la pierre de touche. Se poser la question de l’égalité des territoires, c’est chercher à garantir l’effectivité de cette égalité pour chaque habitant de notre pays sans qu’elle soit entravée par des injustices ou des discriminations territoriales. Le chantier est immense. Notre pays est couturé de tensions, de frustrations. Si nous voulons vivre dans une République apaisée, il nous faut notamment conjurer la tentation du séparatisme social, qui consisterait à aggraver les inégalités en se résignant à laisser demeurer dans notre pays des poches de pauvreté. Je vois poindre dans le débat public une petite mélodie fort déplaisante qui vise à opposer villes et campagnes, urbains et ruraux, voire périurbains et citadins, en sommant chacun de choisir son camp. "On en fait trop pour ceux des villes" clament les uns. "Pourquoi autant se préoccuper des ruraux ?" entonnent les autres. C’est précisément contre ces approches parcellaires et morcelantes qui portent en elle la désagrégation de notre unité que j’entends conduire mon action.

Je suis fière de m’être vu proposer la charge de ministre de l’égalité des territoires. C’est que voyez vous, j’aime la France. J’aime mon pays dans toute sa complexité. Dans toute sa diversité. J’aime nos terroirs, leurs richesses et leur histoire. J’entends les aider à garder une identité forte, les préserver, les protéger. Cela passe, dois-je le rappeler, par la protection de l’environnement, le respect de la biodiversité, la recherche d’une harmonie avec la nature sublime dont la providence a doté notre pays. Je souhaite que notre gouvernement fasse tout son possible pour que les paysages de France soient protégés des excès d’une urbanisation mal pensée. Mais aimer la France ce n’est pas uniquement en admirer la superbe géographie, c’est avant tout célébrer ses habitants, tous ses habitants sans distinction de sexe, d’âge, de religion. Choisir l’égalité, c’est tenir pour supérieur le principe moral qui veut qu’on ne distingue pas entre ceux qui résident sur notre sol. Chacun doit pouvoir se nourrir et nourrir les siens, travailler, se soigner, s’éduquer. Il ne s’agit pas uniquement de postuler l’égalité des chances mais bien d’agir pour l’égalité des conditions.

Ainsi comprise, l’égalité des territoires n’est pas qu’une question de métaphysique : elle doit aussi s’ancrer dans le sol des matérialités qui donnent aux valeurs une traduction concrète. En d’autres termes, si on veut que la France continue de se construire dans l’unité, chaque territoire de notre pays doit pouvoir concourir avec une égale dignité à la construction de notre roman national. Vous comprendrez bien que ce chantier dépasse de loin les limites de mon ministère. C’est, au fond, un travail pour la nation toute entière. Mais le gouvernement doit impulser et coordonner des politiques publiques fortes. C’est la raison pour laquelle j’ai choisi, en la matière, de définir 3 priorités d’action pour l’année 2013 : l’accès du plus grand nombre aux services publics et aux différents services rendus au public ; le développement de la participation citoyenne à l’action publique ; la remise en capacité des territoires notamment par le développement de leurs activités économiques locales. Ces objectifs, à la réalisation desquels concourront tous les ministères impliqués, trouveront leur traduction formelle dans un projet de loi sur l’« Egalité des territoires » que je présenterai, sous une forme ou sous une autre, au conseil des ministres avant la fin de l’année 2013. La Datar, dont nous fêterons cette année le 50e anniversaire, sera pleinement mise à contribution pour l’écriture de ce texte. »