Logement
Point de vue d'Anthony Perrat, Une Maison Bleue

Loi Alur : les moyens mettent en danger les consommateurs et les professionnels

L'associé fondateur d'UneMaisonBleue publie sur notre site sa lettre ouverte à la ministre du Logement Cécile Duflot.

Madame,

– Vous souhaitez que les agents immobiliers soient formés : Je suis pour !

Une formation conséquente est, d’ailleurs, déjà en place chez nous. Malgré les idées reçues, les agences nouvelle génération y accordent, en effet, plus d’importance que les réseaux traditionnels. L’enjeu est de taille pour les premiers, qui doivent lutter en permanence contre les procès pour « non professionnalisme » qui leurs sont faits par les agents « vitrés », dans le but, clairement, de limiter la concurrence, via une politique de dé-crédibilisation.

Cette formation obligatoire est une bonne chose, mais attention de ne pas vous laisser trop influencer dans la réflexion concernant sa mise en place par des professionnels, qui jouent d’abord la carte de leurs propres intérêts, passant par une guerre sans merci contre les nouveaux entrants, dont une partie d’entre eux promeuvent de nouvelles façons de travailler, assorties de politiques tarifaires attractives pour les consommateurs d’immobilier…

– Vous souhaitez plus de transparence sur les honoraires ? Je suis pour !

Pour preuve, je suis l’un des associés fondateurs d'une agence immobilière qui a décidé de faire figurer, en toutes lettres (et chiffres), le montant de ses honoraires de vente dans ses annonces ! C’est rare…

Des honoraires qui, de plus, sont forfaitaires et réduits, car nous pensons que le prix du service doit correspondre à la charge réelle de travail ; refusant, par là, un système injustifié de commissionnement au pourcentage. Je pense d’ailleurs que toutes les agences devraient assumer le prix de leur service en affichant clairement les honoraires demandés pour chaque vente dans leurs annonces ! Cela va dans le sens que vous souhaitez : redonner de la transparence et du pouvoir d'achat aux consommateurs.

– Vous souhaitez encadrer les loyers, dans les zones tendues : Je suis pour !

Car une surchauffe des loyers est un frein à la mobilité des personnes, et donc à la compétitivité de notre pays. Mais, par pitié, pensez au choc de simplification prôné par Monsieur Hollande, et épargnez-nous cette usine à gaz que constitue le projet en l’état et qui, selon certaines études, vont aboutir à l’inverse de ce que vous recherchez, c’est à dire baisser les loyers de ceux qui en ont le moins besoin et rajouter des affaires aux tribunaux déjà engorgés.

En revanche, sur le projet de limiter drastiquement les honoraires, au prétexte qu’ils constituent aussi un frein à la mobilité, je ne vous suis pas. Pas d’amalgame ! Les agents immobiliers ne sont pas responsables de l'augmentation des loyers qui est, avec le déficit de construction de logements, un des freins à la mobilité. Ce sont les politiques insuffisantes de création de logements des gouvernements successifs, le maquis administratif des permis de construire, la concentration des zones d'emplois, les aides au logement pour étudiants accordées sans conditions de ressources des parents, les délais de justice insupportablement longs pour les bailleurs en cas d'impayés, l’impunité financière des locataires face aux impayés, la surprotection des locataires qui reçoivent un logement décent à l’entrée et le rendent de leur fait impropre à l’habitation, la réduction à un mois de loyer du dépôt de garantie qui est loin de suffire pour remettre en état un appartement... qui expliquent l’élévation progressive du niveau des loyers par mesure d’auto-sécurisation des bailleurs.

Pour n'être pas uniquement dans la critique, mais aussi dans la recherche de solutions, voici, Madame La Ministre, quelques pistes pragmatiques pour rééquilibrer la balance entre bailleurs et locataires et par la même fluidifier le marché et provoquer une baisse des loyers :
- Raccourcissez les délais de justice contre les locataires de mauvaise foi qui abusent du système, et vous verrez que le marché reprendra la fluidité que vous appelez de vos voeux !
- Arrêtez d’effacer les dettes de loyer des locataires dans les situations d’endettement, car cela fragilise à son tour le bailleur.
– Mettez en place une vraie politique de simplification de la construction de logements.
– Remettez rapidement en cause la loi dite « Boutin » qui a abouti à produire l'inverse de ce à quoi elle était destinée : faciliter l'accès à la location de certaines catégories de salariés (CDD, intérim, période d'essai). Ne pouvant plus présenter une caution solidaire si le bailleur a souscrit une assurance loyers impayés, ceux-ci se voient exclus du système locatif lorsque l’assurance refuse leur candidature. Avant cette loi contre-productive, ils avaient accès plus facilement à un logement !

Abandonnez l'idée d'une garantie universelle des loyers, et laissez les bailleurs souscrire librement et financer eux-mêmes leur assurance loyers impayés. Le système fonctionnait très bien avant l'intervention néfaste du gouvernement au travers de la loi Boutin !