Bureau
Point de vue de Laurian Bertin Hugault, Buro’nomade

Compétitivité et qualité de vie : l'impossible équilibre ?

D’un côté, les entreprises, qui visent à être les plus compétitives possible ; de l’autre, les salariés, qui aspirent à une meilleure qualité de vie. Ces deux positions semblent inconciliables et pourtant, des solutions d’organisation de travail alternatives existent, qui ne demandent qu’à se développer afin de contribuer à atteindre cet "équilibre impossible".

En Île de France, le constat est sans appel : sous l’effet d’une urbanisation et d’un développement accélérés, les actifs se retrouvent de plus en plus éloignés de leur lieu de travail. Ajoutons à cela la saturation des transports et du trafic, et c’est 1h30 en moyenne que passent les Franciliens en déplacement quotidien domicile-lieu de travail (et jusqu’à 2h30 pour les Seine-et-Marnais !). Ces contraintes de transport constituent des sources de stress importantes ; les actifs n’en « peuvent plus » de la pénibilité et de la longueur des trajets. Résultat : de plus en plus de salariés (31% selon une étude LBMG Worklabs) travaillent au moins une fois par semaine en dehors de leurs bureaux, que ce soit à leur domicile, dans des lieux publics ou dans des centres d’affaires, le plus souvent de façon informelle, c’est-à-dire sans être couverts par un contrat juridique de travail à distance.

Le télétravail : fidéliser les collaborateurs, réduire les coûts immobiliers

Ce « nomadisme » amène les entreprises à revoir leur politique RH et leur organisation structurelle afin d’intégrer ces nouvelles pratiques. En effet, prendre en compte les aspirations de leurs collaborateurs à plus de flexibilité permet aux entreprises non seulement de réduire l’absentéisme et fidéliser leurs meilleurs employés, mais également d’obtenir un gain de productivité pouvant aller jusqu’à 30%. Parallèlement, les entreprises peuvent optimiser leurs charges fixes, notamment les coûts immobiliers : en temps normal, les congés, arrêts maladie, déplacements ou autres font que la moitié des bureaux d’une société ne sont occupés que 65% du temps. Permettre le télétravail, c’est donc pour ces sociétés la possibilité d’adapter plus finement leurs besoins en mètres carrés. Les deux parties ont donc tout à y gagner ; et à fin 2011, 87% des entreprises de la région avaient ainsi choisi de mettre en place une politique de télétravail. Les expériences menées en la matière sont globalement positives et font ressortir un gain financier pour l’entreprise de 30%.

Si le télétravail permet de répondre à de nouveaux besoins, tant pour les salariés que pour les entreprises, il crée néanmoins de nouvelles contraintes pas toujours simples à gérer. En effet, il est généralement réalisé à domicile et provoque de ce fait une situation d’isolement, voire de « coupure » vis-à-vis de l’équipe de travail. Cette situation peut générer à terme une moindre productivité, voire un détachement ou une rupture avec l’entreprise. Parallèlement, travailler à son domicile peut générer chez le salarié un conflit du travail avec la vie privée : sans transition nette, la frontière entre les deux univers devient vite poreuse, réduisant de facto les bénéfices en matière de qualité de vie.

Le télécentre, un véritable bureau de proximité

Espace distinct du lieu de vie, le télécentre représente un territoire strictement professionnel, au même titre que les locaux de l’employeur ; il peut constituer ainsi un outil de réappropriation de la frontière entre vie privée et vie professionnelle. Grâce à ses équipements, il permet à ses usagers de bénéficier de postes de travail professionnels optimisés. Le télécentre offre par ailleurs l’énorme avantage d’éviter le danger de l’isolement : en créant des espaces de convivialité, espace-détente, cafétéria, lounge, en organisant des rencontres entre télétravailleurs, qu’ils soient de la même entreprise ou non, bref en favorisant les échanges, il permet de préserver le lien social.

Les télécentres se positionnent ainsi en phase avec les attentes des individus, qui sont, rappelons-le : disposer d’un centre proche du domicile, disposer d’outils informatiques performants, accessibles et sécurisés et bénéficier d’un prix attractif.

Selon l’étude LBMG Worklabs, 89% des grandes entreprises franciliennes, 24% des TPE et PME et 47% des indépendants franciliens seraient intéressés à plus ou moins long terme par ces espaces de travail alternatifs. Une autre étude menée pour la CDC montre que la demande en télécentres serait de l’ordre de 150 000 travailleurs en Île de France . Au plan national, LBMG Worklabs évalue la demande potentielle de bureaux en libre-service à 60 000 entreprises.

Les télécentres en France

A ce jour, l’offre en matière de bureaux de proximité est encore peu développée en France ; pourtant, l’étude de la CDC évalue le potentiel d’espaces dédiés au télétravail à 145 centres uniquement pour l’Île de France. Si certains acteurs, dont Buro’nomade, commencent à se positionner, nous sommes encore loin des Pays-Bas, avec 120 centres créés en quatre ans.

Certains départements et territoires français ont toutefois bien compris l’intérêt de ce nouveau mode de travail et en favorisent l’essor : la Seine-et-Marne, notamment, est un département pilote pour l’implantation de télécentres urbains et ruraux avec 21 projets de ce type. L’avantage pour les collectivités locales est évident : au-delà de l’impact en terme de productivité économique et de diminution des dépenses sociales (indemnités journalières moins nombreuses et baisse des prescriptions de médicaments), le maillage en télécentres permet de dynamiser le territoire en augmentant son attractivité économique, en favorisant le développement numérique et la mixité professionnelle, en développant le commerce de proximité et en incitant à la création d’entreprise. Une évolution qui s’inscrit dans l’intérêt bien compris de tous…

1 Etude LBMG Worklabs pour Seine-et-Marne Développement, Agence économique du Conseil général de Seine-et-Marne : « Télétravail et télécentres en Île de France », décembre 2011

2 Etude réalisée par PMP et Tactis : « Les enjeux territoriaux du déploiement des télécentres en France », 2011