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Carrefour ou la tactique de l'acheteur obligé

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Après Accor, c'est un autre major du CAC 40 qui annonce la création d'une foncière interne. Une preuve tangible, s'il en faut, de l'importance stratégique de l'immobilier dans le business model des grandes entreprises. Un signe également que le tout externalisation des années 2000 a vécu... à l'exception notable des entreprises qui n'ont plus que cette option pour sauver le compte de résultat.

Cette réappropriation de l'outil immobilier par des grands entreprises est-elle une bonne ou mauvaise nouvelle pour l'industrie immobilière ? Est-ce le signe que les utilisateurs tordent encore un peu plus le bras des propriétaires-bailleurs ? Pas si évident que cela.

Illustration avec la (re)vente par Klépierre 34.73€ | -1.14% d'un portefeuille de 127 galeries commerciales à un consortium mené par Carrefour. Pour le groupe de distribution, cette transaction est tout simplement vitale pour son devenir. Klépierre, dès l'arrivée de Simon Property, avait clairement manifesté son intention de se recentrer sur les centres commerciaux, qui passait par la cession des bureaux, des actifs commerciaux de Klémurs 24.59€ | -0.69% et... des galeries marchandes.

Georges Plassat, le nouveau Pdg de Carrefour, n'avait d'autre choix que de reprendre la main sur des actifs collés aux caisses des hypermarchés. A minima pour éviter qu'ils tombent aux mains de la concurrence. Toute l'astuce aura été de racheter ces galeries commerciales en déboursant un minimum de cash. "Une centaine de millions d'euros" assure-ton chez Carrefour pour prendre le contrôle (à 42 %) d'un portefeuille évalué à 2 Mds€, en structurant un méga club-deal de huit investisseurs institutionnels - on cite Axa, Sogecap, Cardif, Predica, Amundi, Pimco, Colony Capital et un fonds de pension néerlandais - et y ajoutant une pincée de dette (900 M€). Une prouesse à la Naouri, qui porte certainement la marque de Jacques Ehrmann, l'ancien Pdg de Mercialys 18.02€ | -0.44% et directeur immobilier de Casino.

A l'instar du groupe Accor qui veut désormais "extraire seul le gisement de valeur de ses actifs immobiliers", Carrefour signe un virage à 180 degrés de sa stratégie immobilière. D'une volonté d'extérioriser la valeur immobilière pour se concentrer sur son cœur de métier, le groupe a décidé de faire de l'immobilier "un levier de compétitivité" en conservant les murs d'hypermarchés et en reprenant la main sur les murs des galeries.

Mais, on ne pourra s'empêcher de constater qu'aux vendeurs obligés se substituent parfois des acheteurs obligés. L'avenir nous dira si cette tactique contrainte sera gagnante. Car les voies de la création de valeur sont parfois impénétrables...