Carrières

Recrutement : Un marché en pleine mutation où les femmes sont voulues et attendues

Quatre chasseurs de têtes nous ont donné leurs visions croisées de l’évolution des métiers de l’immobilier et de la place des femmes dans ce paysage, à travers le recrutement. Deux femmes, Emilie Lacoste pour Ness, Annie Nail pour Alexander Hughes et deux hommes, Emmanuel Cazier et Nathanaël Trouiller pour Haussmann Executive Search, ont accepté de se prêter au jeu des questions réponses.


Annie Nail.
Emmanuel Cazier.
Nathanaël Trouiller.
Émilie Lacoste.

La tendance de fond dans le recrutement des métiers de l’immobilier est une importante professionnalisation ; l’immobilier est devenu une industrie autonome qui compte et dont le besoin de compétences est renforcé.

Comme le remarque Emilie Lacoste, le marché de l’emploi immobilier français était traditionnellement ouvert et l’on pouvait y faire carrière avec des formations légères.

Aujourd’hui, la tendance suit les pays anglo-saxons, où les métiers immobiliers sont organisés sur le modèle des métiers de la finance.

La crise ne révolutionne pas tout mais oblige les métiers à évoluer

Si la crise n’a pas épargné le secteur immobilier, elle a eu l’effet bénéfique de le professionnaliser et redorer le blason de l’asset management, souligne Emmanuel Cazier. Ce secteur avait été délaissé au profit de l’investissement. Dans un contexte économique tendu, la maîtrise des coûts d’exploitation d’un immeuble est devenue un enjeu incontournable. L’hyper-financiarisation a également ouvert la voie à de nouveaux métiers tels que ceux lies à la restructuration de la dette.

Ainsi, depuis la crise, une accélération s’est fait ressentir dans certains secteurs que sont l’hôtellerie, la gestion de la dette, le conseil en restructuration et l’externalisation des actifs (rachats de murs, déconsolidation des actifs).

Par ailleurs, certains métiers se sont modifiés, les chasseurs de tête observent une revalorisation des métiers de l’asset management, une plus grande professionnalisation des conseils immobiliers : les brokers se sont transformés avec plus de conseils aux utilisateurs, la création de départements de recherche en financement, de désintermédiation bancaire…, le développement des métiers liés à l’environnement et le développement des directions immobilières qui doivent apporter de la valeur ajoutée sur le chiffrage des outils immobiliers.

D’une façon générale, la crise n’a pas fait apparaitre de nouveaux métiers mais a permis une professionnalisation ou une « coloration » de certains métiers sur le modèle anglo-saxon.

Une formation toujours plus pointue pour faire carrière dans l’immobilier

D’un secteur très masculin, l’immobilier est devenu un secteur dans lequel la mixité existe et dont les acteurs sont plus diplômés.

La double formation reste le bagage de référence pour les jeunes qui sont attirés par le coté transversal de l’immobilier.

Sans surprise, les grandes écoles de commerce et d’ingénieurs accompagnées d’une formation immobilière et d’une ouverture internationale, ont la côte auprès des recruteurs.

L’ESTP, le Master 246 de Dauphine et le Master Management de l’Immobilier de l’ESSEC sont également des formations de référence.

Pour ceux qui souhaitent booster leur carrière, les formations complémentaires proposées par l’ICH ou les exécutives MBA sont appréciés.

Etre présent sur les réseaux sociaux professionnels est très important et l’appartenance à une association professionnelle apporte une reconnaissance professionnelle, une visibilité dans le secteur qui est, selon les chasseurs de tête, primordiale.

L’immobilier reste un secteur riche offrant une grande variété de métiers, les formations courtes et techniques ont toujours leur place notamment dans les métiers de suivi de travaux ou du développement résidentiel.

Il est aujourd’hui acquis que, dans le secteur de l’immobilier, un changement de poste intervient tous les 4 ou 5 ans. C’est dans cette perspective que les salariés doivent aujourd’hui être à l’affut des opportunités afin d’acquérir des expertises complémentaires. Faire carrière dans l’immobilier nécessite de « piloter sa carrière tous les 3 ans » souligne Emilie Lacoste. Il ne faut pas avoir peur d’acquérir différentes expertises immobilières à travers ses différentes expériences professionnelles. Les métiers de l’immobilier sont des métiers de passion et la transversalité des métiers les rendent très attractifs. Le passage d’un fonds d’investissement à un promoteur puis au conseil se justifie pleinement au cours d’une carrière.

Les secteurs qui recrutent et pour lesquels des demandes sont les plus importantes auprès des chasseurs de têtes sont aujourd’hui la promotion, le résidentiel, le retail, l’hôtellerie, l’asset management et le property management toujours actif.

Les entreprises les plus actives sur le marché de l’emploi sont les entreprises d’une certaine taille comme les grands institutionnels de type assureurs, les sociétés avec des fonds propres, les sociétés de gestion de SCPI ou OPCI, les grandes sociétés de conseil immobilier. Par ailleurs, de nombreux promoteurs recherchent des profils dans le développement, ils préparent 2014-2015.

Et les femmes dans l’immobilier, où en sommes-nous ?

Au même titre que les autres secteurs, l’immobilier n’est pas très en avance sur la parité, constate Nathanaël Trouiller.

Si le rapport homme/femme est équilibré au départ, plus la pyramide hiérarchique se resserre, plus les femmes y sont sous-représentées.

Les femmes sont encore trop souvent cantonnées aux fonctions supports alors que les postes de top management restent la chasse gardée masculine.

L’ombre de la maternité qui plane sur la tête de toutes les jeunes femmes reste la grande peur des recruteurs, surtout dans les entreprises de taille moyenne qui n’ont pas les moyens de mettre en place des remplacements.

En revanche, nombreuses sont les entreprises de l’immobilier qui souhaitent féminiser leurs équipes afin de leur apporter une certain équilibre, rapporte Annie Nail.

Les avis sont plus partagés sur la délicate question des écarts de rémunérations entre hommes et femmes dans l’immobilier.

Si la structure des salaires entre fixe et variable est plus transparente et évite ainsi trop de discrimination, les écarts de rémunération peuvent tout de même varier de 10 à 30 %. Cette inéquité de traitement serait même ancrée dans l’inconscient des entreprises.

Malgré tout, les qualités professionnelles des femmes de l’immobilier sont reconnues. Celle-ci sont appréciées pour leur stabilité, leur maturité et leur finesse psychologique et peuvent même s’avérer être de redoutables négociatrices notamment sur la négociation des salaires.

Les femmes sont également reconnues pour leur capacité d’investissement, leur sérieux. Leurs employeurs apprécient leur transparence, leur efficacité et leur fidélité.

A contrario, les femmes qui veulent se frayer un chemin dans l’immobilier doivent développer leur souplesse, leur rondeur et leur côté politique, car elles peuvent sembler trop rigides et parfois brutales.

Un conseil de chasseur de tête aux femmes de l’immobilier qui nous lisent : « les femmes ne doivent pas se laisser enfermer dans leur rôle ».


Cette nouvelle édition de Business Immo Madame intitulée "Où en sont les femmes ?" a entièrement été réalisée par les membres du Cercle des Femmes de l'Immobilier et son Cercle Complice.

> Acheter Business Immo Madame 2013

> S’abonner à Business Immo