Carrières

Les femmes à l’assaut des conseils d’administration

2020 : la parité hommes/femmes vient d’être atteinte dans les conseils d’administration français. En moins d’une décennie, le nombre des femmes au board des grandes entreprises françaises a explosé. Et si c’était vrai ? Depuis la loi Copé-Zimmermann début 2011, les progrès sont sensibles, très sensibles… mais encore insuffisants. État des lieux.


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La féminisation des conseils d’administration français est en marche. Dans l’immobilier comme dans d’autres industries, des femmes poussent les portes de ces postes très convoités. Une étude de l’Edhec Business School parue en juillet 2013 chiffre à 23,49 % cette proportion en 2012 en France alors qu’elle n’était que de 7,42 % en 2006. Dans les entreprises figurant au SBF 120, la proportion flirte avec les 20 % en 2012, contre 8,77 % six ans plus tôt. La progression a été très lente entre 2006 et 2009 avant de décoller avec la dynamique et les discussions autour de la loi Copé-Zimmermann, comblant ainsi le retard accumulé par rapport à d’autres pays européens. « Depuis 2010, la proportion de femmes dans les conseils d’administration des grandes entreprises françaises est désormais nettement supérieure à celle constatée au Royaume-Uni (16,37 % en 2012) ou en Allemagne (17 %) », affirme l’Edhec Business School. La Commission Européenne au travers du rapport « Women in economic decision-making in the EU » paru en 2012 confirme : la France est le pays de l’Union Européenne qui a enregistré la plus forte croissance de la part des femmes dans les CA des plus grandes entreprises cotées depuis octobre 2010.

La Grande-Bretagne, qui a voté une loi imposant un quota de 20 % de femmes dans les CA en 2015, a également connu une évolution très sensible. Sans quotas et sans lois, l’Allemagne fait, de son côté, presque aussi bien. Clairement, le tournant dans la féminisation des conseils d’administration européens restera l’année 2010. Toujours selon l’étude de l’Edhec Business School, la probabilité qu’un administrateur arrivé en 2009 soit une femme n’était que de 22,05 %, contre 52,34 % pour un administrateur arrivé en 2010. En 2011, cette probabilité de nommer une femme plutôt qu’un homme progresse encore autour de 63,09 %. « L’Europe continue d’être leader sur ce sujet de la féminisation des conseils d’administrations. Au cours de l’année 2012, des progrès tangibles ont pu être observés dans la promotion et la représentation des femmes au plus haut niveau des entreprises. 2013 marque le point haut de la présence des femmes dans les grandes entreprises de l’Union Européenne », confirme une étude qui vient de sortir du cabinet Paul Hastings, intitulée « Les femmes dans les CA : une étude à l’échelle internationale ».

Des progrès : oui mais…

Au-delà de la statistique pure, il faut scruter un peu plus en détail le profil des femmes administratrices. Le premier constat à tirer, c’est la différence d’âge entre les hommes et les femmes nommés administrateurs. Depuis 2006, les femmes sont sensiblement plus jeunes que leurs congénères. « Les femmes plus âgées n’ont pas eu accès à des responsabilités leur permettant, par la suite, d’être nommées administratrices du fait du glass ceiling. En conséquence, c’est parmi les femmes les plus jeunes, moins victimes de glass ceiling que sont recrutées les administratrices », tente d’expliquer l’Edhec.

Plus important sans doute, la progression globale du nombre de mandats d’administrateurs confiés à des femmes depuis 2010 ne s’est pas faite de manière uniforme. La hausse de la proportion des femmes parmi les nouveaux administrateurs à partir de 2010 est encore plus marquée pour les statuts d’indépendante et de représentante des salariés. Il n’en va pas de même pour les représentantes des actionnaires. Autre point noir : la proportion d’administrateurs siégeant dans un comité spécialisé (audit, rémunération, RSE…) est toujours sensiblement supérieure à celles des administratrices.

La proportion d’administratrices qui ont plus d’un mandat dans le SBF 120 progresse depuis 2006 mais pas le nombre de femmes devenues administratrices. « Malgré les bonnes nouvelles, on peut aussi se demander si un glass ceiling qualitatif n’est pas en train de se substituer à un glass ceiling quantitatif, les femmes étant moins présentes que les hommes dans les comités spécialisés où les décisions de préparent », conclut l’étude de l’Edhec.

Après les conseils d’administration, la fièvre gagne maintenant les comités exécutifs. Dans une étude de Deloitte sur « L’accès des femmes au Comité Exécutif », le conseil tire trois enseignements clés. Premier d’entre eux : les talents féminins qui évoluent vers le comité exécutif peuvent aujourd’hui s’appuyer sur les processus de gestion des compétences mis en place dans les entreprises mais elles doivent continuer à prendre en main leur carrière. Deuxième enseignement : les femmes proches du comité exécutif ont typiquement moins de 25 ans d’ancienneté, travaillent dans le cœur de métier de leur entreprise et ont régulièrement changé de poste. Dernier enseignement enfin : les politiques de gestion de la diversité sont à un stade embryonnaire et peuvent encore être améliorées. Un autre combat à gagner ?


Cette nouvelle édition de Business Immo Madame intitulée "Où en sont les femmes ?" a entièrement été réalisée par les membres du Cercle des Femmes de l'Immobilier et son Cercle Complice.

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