Logement

Duflot : la GUL de bois

Manuel Valls et Cécile Duflot (archive) © François GUILLOT /AFP

Le coup de bluff de Cécile Duflot n'a pas pris. Fine tacticienne, la leader des Verts n'aura finalement pas résisté à la vague Valls, en dépit d'un certain attachement de François Hollande qui lui a proposé une place de choix dans le nouveau gouvernement.

Cécile Duflot quitte le ministère de l’Egalité des territoires et du Logement avec un bilan en peau de chagrin. En à peine deux ans, elle a réussi à s'attirer les foudres et/ou les déceptions d'à peu près toutes les organisations professionnelles du secteur immobilier, à l'exception peut-être de l'Union des HLM. Non sans raison. Naviguant entre une forme de dogmatisme et une certaine habilité, elle est partie d'emblée sur un contre-sens en stigmatisant le propriétaire face au locataire. L'encadrement des loyers ressemble davantage à un os à ronger pour les organisations de défense des mal-logés (lesquelles ne sont pas dupes) qu'à une régulation des rapports entres bailleurs et locataires. La grande loi Alur, censée "apporter des réponses rapides, concrètes et durables aux difficultés que connaissent les Français pour se loger", accouche d'un texte indigeste, fruit d'un an de débats interminables et dont l'application de quelques mesures phares comme la GUL (Garantie universelle des loyers) est repoussée dans le temps... si les décrets d'application suivent.

Cécile Duflot reste surtout sur deux échecs. Le premier ne lui est pas totalement imputable. Mais, la ministre du Logement n'a pas créé cet électrochoc qui aurait permis d'inverser la courbe de la construction de logements. Pas encore en tout cas. Il faudra attendre les ordonnances pour voir si la machine à produire peut repartir et décoller du plancher des 330 000 logements pour atteindre l'objectif des 500 000 logements par an. Mais, ici, l'initiative en revient davantage à l'Elysée qui a pris le dossier à bras le corps.

La responsabilité de l'élu écologiste est davantage engagée sur le dossier de la transition énergétique qui, en dépit d'un consensus politique et d'une adhésion des acteurs privés, semble au point mort après la dynamique du Grenelle de l'Environnement. L'interminable gestation du décret sur la rénovation énergétique du parc tertiaire, pourtant balisé par le rapport Gauchot, est le symbole de cette incompréhension entre la sphère publique et privée.

Le ou la futur-e ministre du Logement va être nommé-e ce matin. Les rumeurs vont bon train, mais derrière le casting, c'est surtout l'intitulé et l'organisation de ce ministère dans un gouvernement "de combat" qui seront importants. Le logement sera-t-il un élément structurant d'un grand ministère de l'Equipement et du Développement durable à la manière de celui de Jean-Louis Borloo ? L'aménagement du territoire sera-t-il encore dans les compétences du prochain ministre ? Et dans l'affirmative, sera-t-il abordé avec le prisme de l'attractivité plutôt que le mirage mensonger de l'égalitarisme ? Le ministère s'ouvrira-t-il enfin sur l'ensemble de l'industrie immobilière, un secteur qui pèse près de 20 % de la richesse nationale ?