Bureau

Fracture, vous avez dit fracture ?

Et si c'était le moment de vendre ? Au lendemain de la conclusion de l'un des deals de l'année (le centre commercial Beaugrenelle), la question commence à tarauder plus d'un propriétaire-bailleur. D'autant que la fenêtre de tir apparaît en tout point idéale.

Côté pile, une masse de capitaux comme on en a rarement vu ces dernières années, qui conforte l'immobilier d'entreprise comme un investissement un peu plus qu'alternatif. Le marché français accueille aujourd'hui toutes les catégories d'investisseurs, des plus opportunistes aux plus prudents - pardon aux plus Core. Le retour de l'Europe continentale, et en particulier la France dans le scope des investisseurs américains, sonne comme la meilleure réponse au french bashing soigneusement entretenu. La concentration des acteurs sur les grandes métropoles est une bouffée d'air frais pour Paris qui dispose du premier parc tertiaire d'Europe, quelle que soit sa qualité. Le tout s'accompagne aussi d'un retour des banques sur le secteur immobilier, au point de faire de l'ombre aux fonds de dette et autres assureurs qui se voyaient déjà en prêteurs alternatifs.

Un appétit pour la pierre qui semble résister à tous les signaux d'alerte du marché locatif. Car côté face, les perspectives ne sont guère réjouissantes. Si le niveau de la demande placée de bureaux rebondit en Ile-de-France au premier trimestre, c'est davantage un effet de rattrapage des grandes transactions qui ne se sont pas concrétisées l'an passé. En aucune manière, on n'inversera la courbe de la baisse tendancielle de la demande de surfaces de bureaux, alimentée par un double moteur structurel : la rationalisation des surfaces et les nouveaux usages des espaces de travail. Aussi, même en cas de reprise économique franche accompagnée d'une solide création des emplois tertiaires, peu d'investisseurs actent un potentiel de réversion locative dans leurs projections de cash-flows alors même que les loyers n'ont pratiquement pas évolué depuis une décennie. Dans le commerce, ex-martingale de l'investissement immobilier, la plupart des professionnels ont admis une érosion progressive de la performance de cette typologie d'actifs qui se confirme d'année en année dans les statistiques d'IPD.

Cette dichotomie grandissante entre le locatif et l'investissement, qui dessine peut-être les fractures de demain (que nous évoquerons dans le prochain Matin de Business Immo), commence à menacer sérieusement la sacro-sainte création de valeur. L'objectif ultime de tout investisseur. Pour ceux qui ne veulent plus se contenter d'un simple rendement (à supposer que l'immobilier puisse ressembler à une obligation), il peut être tentant de prendre les gains tant que la fenêtre reste ouverte et d'aller sur un nouveau terrain : celui du risque. Les sujets ne manquent pas, à commencer par la restructuration et/ou la reconversion des actifs obsolètes qui pourraient augurer d'un nouveau cycle. 

Mots-clés : IPD, CC Beaugrenelle
Business Immo