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Molitor, la polémique qui fait plouf

Sébastien Bazin mouille la chemise lors de l'inauguration de la piscine Molitor. © François Perrigault - Business Immo

Brûler ce qu’on a jadis encensé : les Français sont désormais bien rodés à l’exercice d’auto-french bashing ou de la polémique. Quelques heures après l’inauguration de Molitor après des années – que dis-je des décennies - d’immobilisme, la polémique enfle déjà. A ma droite, les protagonistes de la nouvelle destination trendy de Paris : le groupe Accor mais aussi Colony Capital, le groupe Bouygues sans oublier un maillon essentiel, la mairie de Paris. A ma gauche, une poignée d’écolos qui s’émeut au conseil de Paris et un ancien ministre de la culture Jack Lang qui, à peine le ruban coupé, regrette déjà « la mercantilisation du lieu » et « la destruction de l’esprit de Molitor ». Au centre, un hôtel 5 étoiles, un spa, un restaurant et une piscine à l’accès, il est vrai, très select.

Fermée depuis 1989, la piscine Molitor renaît après un passé tumultueux de temple de la culture underground. En des termes moins policés, le lieu mythique des années 1930 était laissé à l’abandon par l’ancienne majorité. Ailleurs, on appellerait cela une friche, fusse-t-elle nichée dans le 16e arrondissement de Paris entre Roland Garros et Parc des Princes. Plus sérieusement, ce lieu est la parfaite illustration d’un partenariat public-privé ou plutôt privé-public réussi. Un investisseur privé qui finance et détient au travers d’un bail emphythéotique de 54 ans et dont l’objectif premier reste la création de valeur. Un exploitant hôtelier français (le groupe Accor) qui créé accessoirement de l’emploi. Une municipalité qui reste propriétaire du terrain et voit ressusciter un temple architectural à moindre frais. « Ce projet, seul un opérateur privé pouvait le réaliser », a justement rappelé Julien Bargeton, l’adjoint PS au maire de Paris en charge des finances, en réponse à une question d’EELV. Signe de l’impuissance financière de la puissance publique ou acte de saine gestion, selon l’interprétation de chacun.

Car, faut-il le rappeler, la rénovation de Molitor a été financée sur deniers privés, sonnants et trébuchants : la bagatelle de 80 M€, apportée par des investisseurs privés. Un coût que la Ville de Paris n’était clairement pas en mesure de supporter seul. Alors où est le problème ? Oui, la piscine sera accessible aux clients du restaurant et aux seuls membres d’un club en échange d’un droit d’entrée particulièrement élevé. C’est le choix de l’investisseur qui porte le risque. Non, Molitor ne sera pas une piscine municipale. Ce n’est pas sa destination. Il s’agit d’une opération immobilière qui tire parti de l’architecture imaginée par Lucien Pollet dans les années 30 et redonne à la ville un morceau de son patrimoine. Et c’est déjà bien assez…