Commerce
Point de vue de Jérôme le Grelle, Convergences-CVL

Primark : locomotive ou prédateur ?

La puissance de la déferlante Primark en France a surpris beaucoup de monde. Il n’allait pas de soi qu’une enseigne de prêt-à-porter à bas prix drainerait les foules sur des distances quasiment interrégionales. On ne serait toutefois pas étonné d’apprendre bientôt que cet engouement s’explique au moins autant par la nouveauté que par la baisse du pouvoir d’achat des ménages. Promoteurs et foncières seraient donc avisés de garder la tête froide devant cette “locomotive” du troisième type, dont l’attractivité dans la durée reste à démontrer et qui n’est peut-être autre que le loup entrant dans la bergerie. Les enseignes plus classiques sauront-elles cohabiter avec ce rouleau compresseur ? Accepteront-elles sans broncher, effet plus pernicieux encore, de subventionner de facto le boulevard ouvert à leur prédateur ? La position de force de l’enseigne irlandaise, en effet, ne peut que se traduire par des conditions locatives très avantageuses pour elle, et par compensation plus coûteuses pour les autres.

Le cas Primark soulève la question de la nature même des locomotives. Pour compléter l’alimentaire, qui reste une valeur sûre, les enseignes autrefois efficientes, comme la Fnac, ne font plus le poids si elle n’ont pas carrément disparu, comme Virgin. Établir la programmation d’un centre commercial en jouant sur la complémentarité et les synergies positives devient de plus en plus complexe. Primark doit-il être considéré comme une locomotive alors même qu’il risque fort de cannibaliser son environnement d’accueil ? Sans aller jusque là, sa présence accélère forcément la spirale déflationniste dénoncée par la distribution, le règne permanent des soldes et des promotions hors desquelles il n’y a plus de vente possible et qui, en érodant les marges, asphyxient l’investissement l’innovation et la diversité.

Cette question n’est pas sans conséquence sur l’évolution des pôles commerciaux. Le cycle de vie de plus en plus rapide des concepts commerciaux implique des structures d’accueil de plus en plus flexibles. On admettra que la mise en œuvre de cette notion reste assez théorique, et que la perspective d’une perpétuelle remise en cause des valeurs commerciales ait de quoi rendre les opérateurs immobiliers perplexes. Par contraste d’autres générateurs de flux font preuve d'une inertie réconfortante et jouissent d’une influence croissante : il s’agit évidemment des pôles de transport urbain ou d’autres grands équipements urbains, dont l’apport au Forum des Halles, aux Quatre Temps ou à la Part-Dieu est indéniable. Il y a là des alliés du commerce à ne pas négliger.

Mots-clés : Fnac, Primark, Virgin