Green
Point de vue de Christian Cléret, ADI

Biodiversité : nouvelle valeur verte de l’immobilier ?

La biodiversité n’est pas un sujet périphérique et étranger au débat sur la valeur verte des immeubles. Si le thème est encore assez confidentiel parmi les acteurs de l’industrie immobilière, il n’en demeure pas moins un point constitutif de l'orientation donnée aux projets immobiliers. En effet, bien au-delà du phénomène de mode qui pourrait se limiter à réintroduire de la nature en ville, les enjeux de la biodiversité contribuent à la réflexion sur la valeur des immeubles, mais surtout au rôle que joue l’immobilier des entreprises dans leur politique de RSE.

A l’heure où le Plan Bâtiment Durable crée un groupe de travail dédié à la question, mais où la biodiversité n’est pas encore un critère contraignant dans les labels de certifications, l’ADI a engagé le débat, lors de son dernier petit-déjeuner organisé en partenariat avec Business Immo. Elle a ainsi invité les professionnels de l’industrie immobilière à réfléchir sur cette autre forme de valeur verte du bâtiment, que représente la biodiversité.

Mais qu’est-ce que la biodiversité ?

Selon le ministère de l’Ecologie et du Développement durable, « La biodiversité, c’est tout le vivant et la dynamique des interactions en son sein. Plus précisément, c’est l’ensemble des milieux naturels et des formes de vie (plantes, animaux, êtres humains, et autres virus…) ainsi que toutes les relations et les interactions qui existent, d’une part, entre les organismes vivants eux-mêmes, et, d’autre part, entre ces organismes et leurs milieux de vie. ».

Vous vous demandez certainement quel est le lien entre la politique immobilière d'une entreprise et les champignons, les fleurs sauvages et autres virus... Mais c'est pourtant indéniable, il y en a un. Démonstration !

L’activité immobilière, par son acte de création et de construction, est un élément visible de l’interaction avec la nature, puisque tout bâti induit des modifications du fonctionnement de l’écosystème local. Cette réalité impose aux acteurs de l’immobilier d’avoir un regard attentif à cette question et de répondre, autant que faire se peut, dans leur activité quotidienne à l’enjeu de préserver le tissu vivant et ses capacités d’adaptation dans un monde qu’ils façonnent.

Mais c’est bien au-delà des contraintes et obligations réglementaires qu’il faut intégrer la biodiversité dans les projets. Pourquoi ? Les raisons sont aussi variées que pertinentes. Inclure du vivant dans nos bâtiments, c’est être vertueux au regard des normes,  participer à un projet collectif porté le plus souvent par la collectivité territoriale ou l’Etat (en respectant les trames vertes et bleues inscrites dans les PLU, SCOT et autres SRCE *), mais c'est aussi exercer très concrètement une responsabilité à l’endroit des générations futures ou encore contribuer à la performance de l’entreprise en mettant à disposition des salariés un cadre de travail connecté et symbiotique entre individu et environnement. Sur ce dernier point, toutes les enquêtes, thèses et travaux de recherche sont unanimes !

A ce stade, si la démonstration est faite que la biodiversité n'est pas simplement un effet de manche, il reste encore à convaincre qu'elle ne se limite pas aux seules notions, somme toute assez répandues, d’espaces verts aménagés et d’implantation de ruches sur les toits. Prendre en compte les enjeux de la biodiversité dans un projet consiste à faire émerger une nouvelle façon de travailler. Elle repousse les limites de l’acceptation du spontané et de « l’immaîtrisé » dans un monde construit donc borné. Penser biodiversité, c’est – et je l'affirme fortement – mettre en place un véritable écosystème fonctionnel, qui dépasse les préoccupations de verdissement et de végétalisation des espaces.

Pour y parvenir, il serait illusoire de croire que tout peut reposer sur un seul acteur. Nous le voyons bien, il s’agit d’une mobilisation collective, qui requiert l’intervention à la fois des investisseurs, des promoteurs, des collectivités publiques, des utilisateurs, des architectes, des paysagistes, des ingénieurs… qui, ensemble, sous les conseils des écologues, contribuent à la promotion d’une nouvelle façon de penser l’environnement.

Alors pour conclure ces propos qui pourraient ressembler à un manifeste, reprenons simplement cette image partagée lors du petit-déjeuner de l’ADI. "La ville est un jardin japonais inversé". Là où nous trouvons des petites marches de pierre posées par l’Homme pour traverser la nature et les herbes folles, les acteurs de l’immobilier d’entreprise, par la prise en compte des enjeux de la biodiversité contribuent à mettre des pas de nature – préservée dans son état sauvage - dans un milieu urbanisé. Avoisinant la question philosophique de l’innée et de l’acquis, la prise en compte de ces enjeux est, de mon point de vue d’utilisateur, constitutive d’une approche responsable du métier de Directeur immobilier au sein des entreprises. Mais pensons-y et mobilisons-nous tous ensemble, le résultat n'en sera que plus probant !