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Le juge a encore frappé. La Cour administrative d’appel de Paris a confirmé l’annulation du permis de construire de l’un des bâtiments phares du projet de la Samaritaine. Une décision qui a surpris tout le monde, le groupe LVMH et la Mairie de Paris en premier lieu, mais peut-être aussi les requérants – deux associations de défense du patrimoine – qui n’avaient pas l’appui des ABF dans cette affaire.

La Cour administrative d’appel se garde bien d’invoquer l’aspect esthétique du projet – argument retenu en première instance et qui avait marqué les esprits -, mais retient quand même que la façade de verre imaginée par l’agence d’architecture japonaise Sanaa « ne répond pas à l’obligation d’insertion de la construction projetée dans le tissu environnant » telle qu’elle est prévue par le PLU de Paris. L’argument des ondulations pouvant être regardées comme reproduisant le rythme des façades avoisinantes de la rue de Rivoli a été balayée d’un revers de manche. Une sévère faille dans le droit de l’urbanisme de la Capitale qui pourrait sérieusement freiner les velléités d’innovation de l’équipe municipale en place.

La Samaritaine s’ajoute à la litanie de projets retoqués aux motifs qu’ils défigureraient Paris. Après la tour Triangle, victime collatérale de la politique politicienne, ou encore le projet de l’Hôtel de la Marine, sacrifié sur l’autel d’une pseudo-mémoire historique, Paris s’enfonce un peu plus dans une somnolence urbaine qui tranche avec le dynamisme de sa voisine londonienne.

Derrière, ce sont des investissements privés rayés d’un trait de plume : 450 M€ pour la Samaritaine, 500 M€ pour Triangle, plus de 200 M€ pour l’hôtel de la Marine. Des emplois directs, indirects et induits qui ne verront pas le jour dans un pays qui compte plus de 3,2 millions de chômeurs de catégorie A. Une image aussi d’innovation, de mouvement, de créativité qui s’étiole un peu plus chaque année. Le petit Paris vit encore de sa rente. Celle du XIXe siècle, du temps de sa gloire que l’on essaye de muséifier à tout prix.

Les ayatollahs de la défense du patrimoine, eux, ont inventé, sans le savoir, une nouvelle définition de la ville durable : la ville immuable.

Le projet de la Samaritaine