Commerce
Point de vue de Jérôme Le Grelle, Convergences-CVL

Ré-inventer le commerce de périphérie : le défi ne fait que commencer

Le commerce de périphérie s’est développé parce que certaines catégories d’enseignes ont fait le choix de concentrer leurs “boîtes” là où de bons accès et une bonne visibilité, souvent à l’entrée des villes, leur permettaient de faire venir les clients à eux. Redevenus adeptes de la proximité, ceux-ci pourraient logiquement bouder ces sites chronophages et sans attrait. L’autre ressort du succès de ces fameuses “boîtes”, ce sont des charges d’exploitation très faibles permettant de maîtriser les coûts. Mais cet avantage aussi se réduit : une réglementation environnementale de plus en plus stricte tend à peser sur les prix de revient et à limiter la consommation de foncier, avec un effet direct sur le nombre de places de stationnement autorisées. Et comme le dit l’adage, no parking, no business.

On serait donc tenté de croire le modèle condamné. Pourquoi alors tant d’opérateurs immobiliers veulent-ils le réinventer ou le perpétuer par de nouveaux concepts ? La diversité des axes de positionnement a d’ailleurs de quoi étonner : low cost, événement architectural, offre familiale, cadre environnemental… L’avenir dira s’ils sont pertinents, c’est-à-dire s’ils séduisent durablement clients et enseignes. Au moins leurs promoteurs respectifs ont-ils pour eux de proposer à ces dernières de véritables réseaux nationaux de sites à la qualité et à la gestion maîtrisées.

Quant aux sites existants, plus ou moins obsolescents, quel peut être leur avenir ? Les méga-concentrations de type Plan-de-Campagne ou Herblay ne sont pas menacées à court ou moyen terme. Leur puissance est telle qu’elles s’auto-renouvellent de manière quasi organique. Le destin des zones plus modestes en revanche est dans les mains des enseignes. Que la grande surface principale vienne à fermer ses portes ou à se transférer vers un site voisin plus moderne, et commence un lent et souvent irrémédiable déclin.

Or on peut justement s’attendre à ce que, sous la pression des coûts et de la demande, les grandes surfaces spécialisées s’attellent à la rationalisation systématique de leur parc. Certaines réfléchissent déjà à la déclinaison de plusieurs formats de magasins, du show room à l’entrepôt. Une refonte globale de l’architecture de réseau des leaders de la grande distribution spécialisée, voilà le plus sûr moteur de transformation du paysage commercial de nos périphéries.

Une chose est certaine, cette évolution est en marche. Alors que trop de sites périclitent inexorablement, faute de vision et d’une convergence de vues et d’actions, souhaitons que promoteurs, enseignes et collectivités se trouvent des intérêts partagés pour inventer, ensemble, cet urbanisme commercial de nouvelle génération.