Logistique
Point de vue de Jérôme Libeskind, Expert en logistique urbaine et e-commerce

[POINT DE VUE] Comment concilier immobilier et logistique urbaine ?

En direct de la SITL (Paris) - Les nouveaux modes de consommation, l’e-commerce, mais aussi les formes collaboratives ou les livraisons à domicile modifient notre façon d’appréhender la logistique urbaine. Un commerce est-il fait pour vendre, pour commander, pour retirer un colis, pour essayer un article, pour en retourner un ? Au fils des siècles, l’évolution de la consommation a toujours eu comme conséquence une modification des modes de livraison dans les villes. L’évolution des techniques a également eu pour effet de faire évoluer la consommation. Ce que nous constatons aujourd’hui, c’est que l’accélération des flux, mais aussi les livraisons d’unités de plus en plus réduites et donc fréquentes, ont pour conséquence une augmentation des transports.

Cette évolution impacte la place qu’occupe le transport de marchandises dans les villes et augmente les externalités négatives, à commencer par la pollution locale. Il est donc urgent d’organiser la mobilité des marchandises dans les villes. Organiser la logistique urbaine, c’est d’abord essayer de consolider les flux. Livrer une même rue commerçante avec 20 transporteurs différents semble incohérent et il est possible de trouver des solutions de regroupement afin de réduire les trajets. Si en complément, nous utilisons des modes de livraison moins polluants, comme des cargocycles ou des véhicules électriques, nous parvenons à une optimisation du processus.

La logistique urbaine, c’est également imaginer l’acheminement des marchandises par d’autres moyens que la route. Là encore, nous n’inventons rien. Les villes ont de tous temps été desservies par les fleuves, puis par la voie ferrée afin d’acheminer des marchandises. Le tramway a même été utilisé dans ce but dans de nombreuses villes, dont Paris, pendant des décennies. Mais acheminer des marchandises dans les villes par le mode ferroviaire ou la voie d’eau nécessite une ou deux ruptures de charges. Cela passe soit par la conteneurisation, soit par des solutions immobilières à des emplacements stratégiques.

Un autre segment de la logistique urbaine, et pas des moindres, est d’aider à optimiser le dernier kilomètre dans l’e-commerce. Continuer à livrer des colis à des destinataires absents de leur domicile est une ineptie. Les solutions communément retenues sont soit de s’assurer que le destinataire est bien présent, ce qui revient souvent à livrer en soirée, soit de déposer le colis à un emplacement qui lui permettra de le retirer aisément.

L’évolution des techniques permet aujourd’hui de dépasser le stade du point relais traditionnel et de concevoir des équipements automatisés, les consignes. Plusieurs réseaux se déploient à travers le territoire et permettront bientôt aux internautes de recevoir près de chez eux les colis dans une consigne, mais aussi de les retourner et d’en envoyer. Dans les villes, ces consignes s’apparentent à du mobilier urbain. Les immeubles tertiaires ou centres commerciaux peuvent intégrer dans leur aménagement l’installation de consignes afin d’apporter ce service. Mais plus qu’un service, les consignes constituent un geste pour l’environnement. En effet, elles permettent de consolider des expéditions et d’éviter l’échec à la livraison.

Autre aspect de la logistique urbaine, l’espace de retrait des colis. Le meilleur exemple est celui développé par la Poste avec son concept Pickup Store. Cet espace dédié au colis, comporte des bornes de retrait ou de dépose, des armoires rotatives de stockage et des services, notamment d’envoi de colis d’un Pickup Store à un autre point de retrait, dans des emballages recyclables. Ce nouveau concept d’espace immobilier urbain constitue une des solutions de logistique urbaine à positionner à un point de passage obligé, comme les gares.

Le livre « La logistique urbaine – Les nouveaux modes de consommation et de livraison », paru aux Editions FYP, retrace l’histoire de la logistique urbaine et apporte une vision personnelle des problématiques et réalisations. Notre mode de vie mais aussi nos façons de consommer influent directement sur la livraison urbaine et son organisation. La logistique urbaine a un passé. Elle aura certainement un avenir plus numérique et plus collaboratif. 

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