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[EDITO] 中国是非常高 (La chine est très grande)

© Andrija Markovic

Sauf surprise de dernière minute, un investisseur institutionnel chinois va racheter le portefeuille Celsius de CBRE Global Investors. L’heureux élu est CIC, un fonds souverain chinois qui devrait mettre 1,3 Md€ sur la table pour signer un portefeuille de 10 centres commerciaux répartis entre deux pépites en Belgique et 8 actifs en France. Comme nombre de fonds souverains qui viennent tâter un nouveau terrain de jeu, CIC se fait accompagner d’un asset manager pointu en immobilier, AEW Europe. Un schéma classique que chaque structure de gestion d’actifs répète à l’envi. Dernière en date : Savills Investment Management (Ex-Cordea Savills) a signé une joint-venture avec le premier gestionnaire de fonds privés, China Minsheng Investment, en vue de lancer une série de fonds et de véhicules d’investissement immobilier en Europe.

Jusqu’à présent, les chinois investissaient massivement sur l’hôtellerie. Cette année aura été marquée par l’acquisition pour 1,21 Md€ du groupe Louvre Hotels par Jin Jiang. La transaction entre CIC et CBRE Global Investors signe le premier deal structurant d’un fonds chinois en immobilier de commerce en France, après l’échec de Safe dans sa tentative de mettre la main sur le centre commercial Beaugrenelle. Elle préfigure une diversification des allocations d’actifs des chinois dans l’immobilier hexagonal, avec dit-on des intérêts de plus en plus marqués pour le bureau et la logistique. Reste à trouver la matière première, car les investisseurs chinois voient grand, très grand même.

Traduit-elle pour autant une invasion des fonds chinois sur la France ? Le dernier baromètre d’attractivité EY montre plutôt une inflexion des investissements chinois en France avec 17 implantations l’an passé contre 79 pour l’Allemagne. Dans un contexte où les investissements chinois ont doublé en Europe. L’an passé, ils ont investi près de 18 Mds$ dans l’Union Européenne selon une étude de Baker & McKenzie, dont 3 Mds$ dans l’immobilier qui s’affirme comme le troisième secteur économique privilégié par les chinois après l’énergie et l’agroalimentaire. Cela reste quand même une goutte d’eau dans cet océan de liquidités qui déferle sur la pierre.

Et dans le sens inverse ? Les européens vont-ils investir en Chine ? Les tentatives sont encore timides mais les exemples se multiplient. Le fonds hollandais APG s’allie avec le canadien Ivanhoé pour prendre une participation « significative » dans le capital d’un promoteur chinois. Accor s’associe avec un opérateur local pour développer son parc d’hôtels dans ce pays de 1 milliard d’âmes. Le Mapic ouvre un salon à Shanghai pour emmener les enseignes et les professionnels immobiliers en Chine. On voit bien que les lignes bougent. Et les français ? Ils y co-construisent une ville durable à Wuhan. Une vitrine de notre savoir-faire en matière d’immobilier durable qu’il ne faudra pas oublier de mettre sur le devant de la scène au moment de la COP 21 qui se tient à Paris en décembre prochain.