Territoires

[EDITO] Le directeur immobilier, cet acteur urbain que l’on (re)découvre

"Reconvertir les friches industrielles et urbaines" © ADI

L’ADI vient de livrer sa vision de la reconversion des friches industrielles et urbaines dans une solide monographie, publiée aux Editions du Moniteur, mêlant témoignages et exemples concrets. Elle permet d’abord de rappeler l’ampleur de la question qui ne se limite pas aux seules friches industrielles (estimées à 20 000 hectares sur le territoire). Il existe aussi des friches ferroviaires (5 500 hectares), militaires (7 000 hectares), sans oublier tertiaires et commerciales. Mais là, les statistiques sont curieusement absentes. La friche est tout, sauf uniforme. Pas deux friches qui se ressemblent. Il y autant de cas d’espèces que d’exemples, et ils sont nombreux dans cet ouvrage. Il n’y a pas d’égalité des territoires autour de cette question. Sur un plan quantitatif évidemment, avec les anciens bassins miniers et sidérurgiques toujours aussi meurtris (5 000 hectares pour la région Nord Pas-de-Calais et 2 000 hectares en Lorraine). Mais aussi sur le plan de l’attractivité, où les chances de reconversion de sites sont proportionnelles à la profondeur des marchés immobiliers.

Il y a toutefois un point commun autour de cette question qui obsède la société française, un acteur que l’on oublie systématiquement dans l’abondante littérature qui remplit les étals des bibliothèques : c’est l’utilisateur. Celui qui est à la fois la cause du problème – la fermeture d’un site – est aussi l’acteur clé de la solution – celle de sa reconversion. Or, le dialogue s’apparente encore davantage à un bras de fer avec la collectivité qui, sous l’argument d’avoir accompagné l’entreprise dans son implantation (ne serait-ce que par l’aménagement d’infrastructures attenantes) s’estime quasi-propriétaire du site. Ce dialogue de sourds est souvent à l’origine d’un gel d’une possible reconversion et de la naissance d’une friche. La monographie de l’ADI vient porter un message fort des directeurs immobiliers. L’entreprise qui ferme un site de production ou vide un ensemble tertiaire ne s’en lave pas les mains comme d’aucuns l’affirment un peu rapidement ou pourraient le croire à la vue d’une friche. « Il en va de l’image et de la responsabilité sociétale de l’entreprise », rappelle Florence Péronnau, qui a piloté le groupe de travail de l'ADI à l'origine de cet ouvrage.

Pour réinventer l’approche de la reconversion des friches, l’association des directeurs immobiliers plaide pour une réponse transversale autour des thèmes de l’environnement et du territoire, de l’économie et de la société, de l’image et de la valeur. Et propose un guide des bonnes pratiques axé autour d’une meilleure gestion des temps de chaque acteur de la reconversion. L’un des points clés repose sur l’anticipation de la friche, avec une révolution mentale à opérer qui consiste à prévoir la fermeture d’un site avant même son ouverture. Imaginer l’usine recyclable, en quelque sorte. L’autre point abordé par cette monographie, plus tabou, est celui de la valorisation. Car une friche a une valeur financière, patrimoniale, immatérielle… sur laquelle il faut mettre un prix, même négatif.

Derrière tous ces enjeux autour de la mutabilité de la ville et d’une certaine forme de résilience urbaine qui sous-tend l’attractivité d’un territoire, mais aussi de la réversibilité des immeubles dont va dépendre de plus en plus leur valeur, l’ouvrage de l’ADI met en lumière le rôle clé du directeur immobilier. Celui d’un « connecteur urbain » qui donne une dimension supplémentaire à cette fonction de plus en plus stratégique dans les entreprises.

livre ADI

Mots-clés : ADI, Florence Péronnau
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