Bureau

[EDITO] Le bureau contre-attaque

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"Le changement, c'est permanent". Ce n'est pas, en cette période post-électorale, le remix d'un message politique. Encore moins une incantation. Juste notre quotidien, notre actualité pour le prochain cycle de l'immobilier de bureau dans les économies occidentalisées. Le bureau de demain : il va falloir s'y habituer car le sujet ne va pas finir d'alimenter vos débats et nos colonnes au cours de la prochaine décennie...au moins. Un sujet au sommaire du dernier petit-déjeuner de l'ADI organisé par Business Immo le 15 décembre sur le thème cher au sociologue Bruno Marzloff décliné dans son ouvrage "Sans bureau fixe". Avec autour de lui, un plateau composé d'un conseil - Colliers -, d'un promoteur Altarea Cogedim et de deux utilisateurs - l'agence de communication BETC et le courtier en assurances Siaci Saint-Honoré.

Cette bascule du bureau se joue en ce moment, sous nos yeux. D'"un marché de production, l'on passe littéralement dans un marché de séduction où nous n'avons pas besoin de mètres carrés supplémentaires mais de bureaux qui offrent autre chose", comme l'a souligné Jean-Frédéric Heinry, directeur général d'Altarea Cogedim Entreprise. Ce "autre chose" qui reste encore à identifier, se décline à plusieurs niveaux : dans le besoin d'intensité urbaine, la nécessité de la multifonctionnalité ou la mixité des usages, la réversibilité des produits ou dans l'explosion naturelle du collaboratif.  "Quel est le sens de l'histoire ? Les entreprises vont-elles rester dans une logique centrifuge et centripède ou basculer dans la disparition du bureau fixe ?" : ce sont là des questions posées par Bruno Marzloff mais qui taraudent le monde de l'immobilier de bureau.

En bon visionnaire, Gilles Betthaeuser, président de Colliers, y a apporté quelques clés de réponses. "Les nouveaux usages sont guidés par trois drivers : le développement de l'intelligence artificielle avec la robotisation et la destruction de 75 % des emplois à faible valeur ajoutée dans les prochaines années ; le besoin d'ultra-urbanisation imposé par plus de flexibilité et la place du bureau dans le rapport salarié/entreprise". Avec une précision qui a son importance : "on dénombre 1,4 milliard de m² de bureaux construits en Europe. Les nouveaux usages représentent 100 millions de m² tout au plus donc environ 7 % du parc développé". Face à cette nouvelle donne de l'entreprise, deux options : des emplois de plus en plus qualifiés avec des collaborateurs qui pourront travailler à peu près partout et des jobs qui s'appauvrissent et pour lesquels le bureau risque de devenir le dernier bastion. Le réenchantement de l'espace tertiaire s'impose aussi comme l'un des prochains défis de l'industrie immobilière. Un défi où cinq mots clés se distinguent comme a conclu Bruno Marzloff : innovation, plate-formisation, optimisation, réinvention et imprévision. Un défi que vous retrouverez, dès le mois prochain, au sommaire du prochain numéro du magazine Business Immo début 2016.