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Point de vue de Louis-Philippe Barban, Geolocaux

[POINT DE VUE] L’immobilier d’entreprise : secteur qui résiste à la crise ?

Pour certains, le secteur de l’immobilier d’entreprise parait tenir bon malgré la crise économique actuelle. Il se développe depuis quelques années sur Internet et de nouvelles démarches en vogue se répandent rapidement : le crowdfunding ou le coworking rendent le milieu attractif pour les investisseurs. Toutefois, ce tableau est-il aussi rose qu’il le laisse paraître ? Retour sur une bataille musclée contre la crise. 

L’immobilier d’entreprise semble traverser les difficultés économiques sans dommages apparents  

Depuis la crise économique de 2008, de nombreux secteurs se sont littéralement écroulés : l’immobilier en premier lieu, qui fut d’ailleurs le premier touché. Toutefois, en ce qui concerne l’immobilier d’entreprise, les choses ne sont pas aussi noires. Si celui-ci n’a pas échappé à la crise, les chiffres ne mentent pas. En effet, 9,2 Mds€ y ont été investis en 2012. En 2014, la roue tourne : 23,8 Mds€ engagés, soit la troisième meilleure performance après 2007 et 2006.

En ce qui concerne l’année 2015, une légère baisse se fait remarquer : 16,5 Mds€ engagés au cours des neufs premiers mois de l’année. Si les montants records de 2014 ne seront pas atteints cette année, 2015 prendra tout de même la seconde place du podium depuis 2007. Ainsi, 43 opérations de plus de 100 M€ ont été enregistrées depuis début 2015. L’année devrait même se terminer à plus de 22 Mds€. Les bureaux restent l’actif privilégié par les investisseurs : avec plus de 10 Mds€, ils représentent 63 % des acquisitions depuis le début de l’année.

A noter également que les SCPI (Société Civile de Placement Immobilier) investies dans le secteur offrent de bons taux de rentabilité (4,75 % de rendement au 3T 2015). En effet, en 2014, elles collectaient près de 2,7 Mds€ dans ce secteur, sur une collecte totale (tous secteurs confondus) de près de 3 Mds€. En 2015, elles représentent 13 % des acquéreurs. Si des difficultés sont clairement passées par là depuis 2008, le secteur de l’immobilier d’entreprise repart et présente des chiffres très encourageants.

Les tendances et pratiques 2.0 contribuent au développement du secteur  

Avec l’avènement d’Internet et l’omniprésence du numérique, l’immobilier d’entreprise n’échappe pas aux bouleversements. Si le phénomène reste relativement récent, contrairement au résidentiel, l’usage du Web a énormément augmenté depuis trois ans. Les entreprises y ont recours afin de poster leurs offres, d’entrer en relation avec leurs clients ou encore de prospecter. Il y a encore cinq ans, peu de solutions et outils existaient. Aujourd’hui, que ce soit via des services de géolocalisation, des applications mobiles ou les réseaux sociaux, la transformation digitale est en route.

Longtemps boudé par les technologies, l’immobilier d’entreprise rayonne. De nouvelles tendances lui apportent visibilité et attractivité, comme le crowdfunding (via Realty Mogul aux Etats-Unis ou Wiseed en France par exemple) amenant des sommes toujours plus importantes. Le coworking également, véritable phénomène porté par le digital et les réseaux sociaux, se développe sans cesse et converti de plus en plus d’entreprises au concept (plus de 200 espaces aujourd’hui en France, comme Numa ou WeWork qui arrivera très prochainement). Les investisseurs ont bien compris les bénéfices que pouvaient leur apporter ces usages en France et engagent bon nombre de transactions en ce sens.

Le tableau serait-il moins idyllique qu’il n’y paraît ?  

Paris demeure le 1er marché européen et le 2ème marché mondial après New-York à la location en terme de m² transactés de bureaux (environ 2 millions pour l’Ile de France par an depuis dix ans). Le marché locatif offre donc toujours des rendements élevés et l’immobilier d’entreprise séduit. D’un point de vue international, ce sont les start-ups du secteur de l’immobilier d’entreprise qui ont levé le plus de fonds aux Etats-Unis en 2014. Quant à l’hexagone, si les transactions sont centrées autour de la capitale, il existe un véritable second marché à Lyon. En effet, la ville a été le moteur du marché régional de 2015 avec 760 M€ investis.

Ainsi, l’immobilier d’entreprise présente des chiffres économiques plutôt positifs. Les surfaces louées restent les mêmes que les années précédentes en Ile-de-France (estimées aux alentours de 2,1 millions de m² pour l’année 2015) . Cependant, la majorité des transactions restent l’apanage des grands groupes et les investissements et grandes opérations se concentrent encore en Ile-De-France, avec 79 % des volumes investis. Les acquéreurs étrangers sont de plus en plus nombreux au détriment des français, ainsi l’économie du secteur de l’immobilier pour les entreprises tricolores doit être à relativiser. Toutefois, les innovations technologiques n’ont de cesse de rendre le secteur attractif et des évènements de plus en plus médiatisés - comme le Salon Rent, qui s’est déroulé début novembre à Paris pour la troisième année consécutive - tendent à réunir les acteurs majeurs et inventifs de l’immobilier d’entreprise français.