Logement
Point de vue d'Olivier Colcombet, OptimHome

[POINT DE VUE] Bien'ici : pourquoi s'arrêter en chemin ?

Les organisations professionnelles d'agents immobiliers, les grands réseaux nationaux de transaction, plusieurs enseignes majeures de la promotion résidentielle ont pris l'initiative à la fin de l'année précédente de créer un site Internet d'annonces immobilières. L'enjeu avoué était de faire pièce à un site existant et aujourd'hui largement leader, Seloger pour ne pas le nommer, accusé de pratiquer des tarifs devenus insupportables au fil des ans et de la confirmation de la position dominante de cet acteur du numérique. Au-delà, les protagonistes de Bien'ici ont voulu bâtir un site à forte valeur ajoutée et démontrer que les professionnels avaient sur les éditeurs une longueur d'avance.

Comment, justement, avoir sur les autres sites du marché une longueur d'avance? Par la technologie? L'avance dure ce que durent les roses. Quel site qui se respecte n'offre-t-il pas la géolocalisation des biens? Quel site ne propose-t-il pas d'assortir les photographies de l'axonométrie? En revanche, l'idée de l'oecuménisme entre le neuf et l'existant, et entre tous les grands apporteurs d'annonces de l'ancien avait du souffle. Pourquoi l'altérer et lui enlever beaucoup de sa puissance en limitant les offres de logements existant à celles des agents immobiliers, en excluant les réseaux de mandataires et les notaires?

Le problème n'est pas de diplomatie ou de déontologie, c'est-à-dire de relations entre acteurs professionnels. Il est de fond: on se trompe de combat. Pis même: se trompe de logique. Ce sont désormais les usages qui gouvernent tout. L'internaute fait la loi. Qu'entend-il aux querelles et aux bisbilles de la communauté des spécialistes de la transaction? Il ne distingue pas entre les protagonistes qui décrivent l'univers concurrentiel. Il est indifférent aux statuts, aux modèles économiques, que sais-je encore? Que lui importe qu'un bien qui lui convient soit dans les mains de l'agent commercial, d'un réseau de franchisés ou de coopérateurs, d'un agent immobilier exerçant en boutique, d'un notaire?

Le seul critère qui vaut, et il ne faut pas le négliger, est avant tout la sécurité du consommateur internaute et évidemment la qualité du service qui lui est offert. Or, tous les acteurs professionnels apportent un haut degré de sécurité. Tous respectent la loi Hoguet, ou pour les notaires des règles ordinales au moins aussi exigeantes.

Bien'ici pourrait être un symbole, celui de la cohésion au sein de la profession. A l'inverse, il reproduit les clivages, les mépris, les postures, et ce choix tactique fait courir le risque de l'affaiblissement aux yeux du public. Les ménages attendent effectivement une offre complète, panoramique. Les réseaux de mandataires, dont OptimHome est l'un des leaders, sont probablement détenteurs de 15 % des mandats de vente et de 5 % des mandats de location. Les notaires ont sans doute un poids de l'ordre de 10 % du marché. Un site qui revendique la complétude peut-il faire l'impasse sur un quart de l'offre, juste parce qu'une partie établie de la profession regarde de nouveaux entrants -les réseaux de mandataires- ou des professionnels d'un autre métier -les notaires- d'un oeil inquiet?

Au bout du compte, qui nierait que tous ces acteurs servent la même cause? Qui nierait qu'ils contribuent à la clarté, l'intégrité et la sécurité des transactions? Le concept original de Bien'ici est indéniablement louable: les professionnels de la transaction ont la double vertu de connaître mieux que quiconque les biens dont ils détiennent les mandats de vente et de location, et ils les assortissent en outre de services aux clients, générant plus de valeur ajoutée que les éditeurs ne peuvent spontanément le faire. Pourquoi s'arrêter en chemin au moment de proposer au public une offre consolidée de toute la communauté professionnelle? Pourquoi ne pas lui donner l'exhaustivité?

Mots-clés : Bien'ici, Seloger
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