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Refusons un certain pessimisme de bon aloi

Il est de bon ton de dénigrer aujourd’hui la lutte contre le changement climatique et le Grenelle de l’Environnement. Trois documents récemment publiés (disponibles sur le blog dont l’adresse est au bas de cette chronique, dans la rubrique « Politiques et marchés ») remettent en cause ce pessimisme de bon aloi.

Le premier document est le rapport du 26 octobre 2010 de l’Académie des Sciences sur le changement climatique. Le climato-scepticisme n’est pas à l’honneur. Les conclusions de l’Académie sont : « a) Plusieurs indicateurs indépendants montrent une augmentation du réchauffement climatique de 1975 à 2003, b) Cette augmentation est principalement due à l’augmentation de la concentration du CO2 dans l’atmosphère, c) L’augmentation de CO2 et, à un moindre degré, des autres gaz à effet de serre, est incontestablement due à l’activité humaine, d) Elle constitue une menace pour le climat et, de surcroît, pour les océans en raison du processus d’acidification qu’elle provoque". Fin de citation.
Le second document est le Rapport d’Evaluation du Grenelle de l’Environnement d’octobre 2010, publié sous la responsabilité de quatre présidents de groupes de travail du Grenelle et rédigé par Ernst & Young. Même si je n’en partage pas le ton trop optimiste, qui tend à gommer les contradictions et oppositions que rencontre le changement initié par le Grenelle, ce rapport montre l’ampleur inédite de ce changement, tout particulièrement pour l’immobilier et le bâtiment. Le rapport note d’ailleurs que le Bâtiment et de l’Urbanisme est le seul secteur dont « la totalité des engagements est en cours de réalisation, sans difficulté particulière à ce jour", contrairement aux dix autres secteurs d’application du Grenelle.
La réglementation thermique 2012 représente effectivement, comme l’indique le rapport, une rupture avec le passé. La réglementation est désormais performancielle et fait une plus grande confiance aux professionnels pour trouver les meilleurs moyens afin d’atteindre les performances requises.
La rénovation énergétique du parc existant est initiée. Là se trouvent les plus grandes difficultés à venir pour atteindre les objectifs définis.
Les énergies renouvelables se développent rapidement, même si les professionnels concernés auraient préféré, à juste titre, une plus grande stabilité réglementaire et fiscale.
Sans attendre l’application de la loi Grenelle 2, plus de 200 Plans Energie Climat Territoriaux sont en place ou en cours de mise en œuvre. Ils vont suivre avec attention les consommations et émissions des différents segments du parc immobilier.
Le principal échec du Grenelle aura été l’abandon de la taxe carbone. Les professionnels de l’immobilier et du bâtiment auraient eu besoin d’un tel « signal prix » pour faciliter leurs investissements.
Le troisième document est la directive européenne n°2010/31/UE du 19 mai 2010 sur l’efficacité énergétique des bâtiments. Rappelez vous la précédente directive n°2002/91/CE du 16 décembre 2002 sur le même sujet. Les Etats membres avaient jusqu’au 4 janvier 2006 pour la mettre en œuvre. A cette date, la France n’avait produit aucun texte d’application de la directive !
A la date de la directive de 2010, la France, grâce en particulier aux lois Grenelle 1 et 2 de 2009 et 2010, est, soit en phase avec la directive (Réglementation Thermique 2020 à énergie positive, DPE dans toutes les publicités immobilières…), soit en avance (Réglementation Thermique 2012 la plus ambitieuse d’Europe, objectif chiffré de baisse de la consommation d’énergie sur le parc existant, « baux verts » bientôt obligatoires dans le tertiaire, bilans carbone bientôt exigés pour les entreprises privées et publiques d’une certaine taille…). Le contraste entre 2002 et 2010 est saisissant.
Mais soyons lucides. Les résistances sont fortes, des erreurs sont commises. Des immeubles à énergie positive ne trouvent pas d’investisseur. La chaîne conception-réalisation-exploitation-usage dysfonctionne et les performances prévues par les labels ne sont parfois pas au rendez-vous. Des maisons basse consommation nécessitent 20 km en voiture pour y accéder…
Le droit à l’erreur, les tâtonnements, le retour d’expériences parfois décevantes, sont permis et même recommandés. Le pessimisme n’est pas à l’ordre du jour. Simplement, le processus d’apprentissage des professionnels de l’immobilier et du bâtiment ne fait que commencer.