Hôtels/Loisirs

[EDITO] La guerre est déclarée

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Qu’il semble loin le temps où Nicolas Ferrary, directeur général France d'Airbnb, venait au Mipim en gage de paix. Aujourd’hui, la guerre est déclarée entre ceux que l’on qualifie volontiers de « rentiers » et ceux qui aiment à se faire appeler les « barbares » de l’industrie immobilière.

Dans le camp des acteurs traditionnels, les hôteliers et professionnels de l’hébergement ont pris les armes depuis plusieurs mois. Touchés de plein fouet par l’offensive des disrupteurs, ils se sont organisés à travers l’Association pour un hébergement et un tourisme professionnels (AhTop). Les professionnels du logement, les collectivités locales et l’Etat sont venus grossir leurs rangs. Face à eux, derrière le porte-étendard Airbnb, le camp adverse rassemble tous les acteurs de l’économie collaborative qui saccagent les business models traditionnels, et pas seulement ceux de l’industrie immobilière, dans un vaste élan schumpétérien.

« Sus à la distorsion de concurrence ! », martèlent les premiers. « Redonnons du pouvoir d’achat aux particuliers !», rétorquent les seconds. C’est d’ailleurs en gagnant la bataille de l’opinion publique que les disrupteurs espèrent terrasser leurs adversaires. Et pour forcer la décision, ils n’hésitent pas à employer une arme de conviction massive : les retombées économiques qu’ils produisent. Selon une étude dévoilée fin 2015 par Airbnb, la plate-forme américaine en aurait générées 2,5 Mds€ sur un an en France.

Les acteurs traditionnels ont eux aussi sorti l’artillerie lourde. A la campagne de lobbying des hôteliers et des professionnels du logement s’ajoute l’arsenal législatif. Dans le cadre du projet de loi numérique, les sénateurs ont adopté par exemple un amendement autorisant les communes de plus de 200 000 habitants à rendre obligatoire l'enregistrement de locations ponctuelles via des sites internet. Une mesure réclamée et soutenue par les collectivités locales, au premier rang desquelles figure la Ville de Paris. Cette dernière multiplie les coups de butoir contre Airbnb depuis plusieurs mois. Elle a imposé à la plate-forme américaine de collecter la taxe de séjour et multiplie les opérations coup de poing contre les meublés touristiques illégaux.

De quoi terrasser le champion de l’économie collaborative ? Sûrement pas. Car si le gouvernement entend bien réguler la « jungle », sa ministre du Logement, Emmanuelle Cosse, a réfuté toute volonté d’interdire les plates-formes de location de courts séjours entre particuliers. D’autres ont eu moins de scrupules, à commencer par nos voisins allemands à Berlin.

Si la guerre totale n’est pas tout à fait d’actualité, la bataille en cours est néanmoins partie pour durer. Et d’autres fronts pourraient bientôt s’ouvrir. Les professionnels de l’immobilier de bureaux affûtent déjà leurs armes en prévision de l’arrivée de WeWork en France d’ici quelques mois. Il en va de la fameuse création de valeur.

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