Commerce
Point de vue de Jérôme Le Grelle, Convergences-CVL

Quand les difficultés du prêt-à-porter révèlent les fragilités de l’immobilier commercial

Les commerces d’habillement sont parmi les premiers locataires d’emplacements commerciaux. Leurs difficultés se répercutent forcément sur l’activité des sites.   

L’été a confirmé le marasme dans lequel se trouve depuis quelques années le secteur de l’habillement. VivarteCamaïeuMimPromodEspritSinequanone… Des enseignes réputées solides ont été contraintes de prendre des mesures drastiques, quand elles n’ont pas dû purement et simplement déposer le bilan. Le phénomène touche la France, mais aussi l’Europe et les États-Unis. 

Les enseignes qui résistent font figure d’exception, tel Zadig et Voltaire, ou sont de véritables machines de guerre : ZaraH&M et bien sûr Primark restent très attractives. Les bailleurs se les arrachent à n’importe quel prix, même s’il faut y regarder à deux fois avant de les qualifier de locomotives, tant l’agressivité de leur politique peut contribuer, au contraire, à faire le vide autour d’elles. 

Il reste que ces championnes ont su trouver le modèle économique adapté à un marché décroissant. Après des décennies de croissance quasiment ininterrompue, la consommation d’articles d’habillement stagne depuis 2008. L’e-commerce capte aujourd’hui 15 % des ventes textiles qui ne passent donc plus directement par les magasins. La progression des ventes d’articles de seconde main, souvent sans intermédiaire (CtoC), est aussi un signal à ne pas négliger. 

Les difficultés du textile ne peuvent plus aujourd’hui s’expliquer par des raisons uniquement conjoncturelles. 

Il y a là de quoi préoccuper les acteurs de l’immobilier commercial. L’équipement de la personne représente en effet la première activité hors alimentation dans les centres commerciaux, en termes de surfaces, de chiffre d’affaires et de loyer. Même chose dans les centres-villes. Pour les bailleurs, déjà confrontés à de très rudes négociations avec des enseignes qui tentent par tous les moyens de réduire leur coûts, le casse-tête ne fait que commencer. On en est à négocier des loyers “pur variable” ou des implantations tests sur des durées limitées. 

Après les grandes surfaces alimentaires, les grandes surfaces de produits culturels et de loisirs, c’est au tour de la locomotive textile d’être mise en question, fragilisant un peu plus le mix-merchandising traditionnel du centre commercial. Fait aggravant, aucun“remplaçant” ne se profile à l’horizon car la plupart des secteurs de consommation commerciale se trouvent dans le même cas ou n’ont pas la même puissance d’attraction.

Nombre d’enseignes de prêt-à-porter sauront vraisemblablement s’adapter et prendre un nouveau départ. Passera-t-il par les centres commerciaux et les centres-villes tels que nous les connaissons aujourd’hui ? Ce n’est pas certain. Plus que jamais, la réflexion sur le renouvellement des facteurs d’attraction des sites commerciaux est à intensifier.