Logistique
Point de vue de Jonathan Sebbane, Sogaris

La logistique urbaine : comment concilier les exigences des pouvoirs publics et les besoins des professionnels ?

Porté par le boom du e-commerce, le développement de la logistique urbaine se confronte à des enjeux de taille : pollution de l’air, santé publique, nouvelles habitudes de consommation, etc. L’évolution des usages ouvre de nouvelles perspectives pour les professionnels de la distribution et invite les collectivités locales à penser davantage la logistique en termes de services urbains et de qualité de vie.

Alors que se dessine aujourd’hui le projet du Grand Paris, il est essentiel d’intégrer la question de la distribution de marchandises dans la réflexion globale sur l’aménagement urbain des grandes villes mondiales. Les réflexions doivent s’orienter vers une logistique innovante, propre, la moins coûteuse possible et conciliant les exigences des politiques publiques, les besoins des professionnels et les attentes des citoyens.

Tout est plus facile pour le consommateur aujourd'hui : on se connecte, on choisit, on clique, on commande et on attend que le colis nous soit livré. Une simplicité nouvelle qui cache une incroyable sophistication des processus de distribution autant qu'un nouveau marché qui mature au coeur de nos villes : la logistique urbaine.

Qui aimerait aujourd'hui habiter à côté d'un entrepôt ou au milieu d'un flux ininterrompu de camions - encore diesel pour la plupart ? A l'inverse, qui serait prêt à renoncer aux commodités incroyables qu'offre aujourd'hui le e-commerce ? C'est de cette tension, portée par les acteurs publics autant que les acteurs privés, que se nourrit aujourd'hui le développement sans précédent d'une nouvelle logistique en ville.

La logique économique est omniprésente, bien entendu : la logistique est un centre de coût et la logistique urbaine encore plus - jusqu'à 20 % du prix des marchandises. Il faut donc optimiser partout où c'est possible et la logistique des derniers kilomètres offre des marges de progression nouvelles pour les chargeurs - et de facto pour les investisseurs : utiliser des petits véhicules pour circuler en ville s’avère sur le long terme plus efficace et moins coûteux ; délaisser le diesel au profit de carburants propres permet d’anticiper le renchérissement assuré des prix du carburant lié au renforcement des politiques publiques pour l'amélioration de la qualité de l'air ; réduire les distances parcourues sur les derniers kilomètres, c'est minimiser l'aléa pour un service de livraison de meilleure qualité.

Et les villes, les collectivités et leurs populations ? Elles s'y retrouvent dès lors que la logistique urbaine diminue le nombre de camions dans les rues, réduit les nuisances en tout genre - sonore, pollution, particules fines - et s'inscrit « au chausse-pied » dans le paysage urbain. Mais elles travaillent encore à faire de la logistique urbaine un véritable levier d’amélioration de la qualité de vie et de modernisation des services urbains, en phase avec les politiques publiques - modernisation des flottes de véhicules, préservation du tissu économique local, démocratisation des nouveaux modes de distribution pour le commerce de proximité, etc. Le foncier est un levier ; c'est sans doute l'essentiel.

La révolution culturelle semble donc en marche et c'est tant mieux. D'autant que le chemin est encore long, avec plus de 90 % des livraisons urbaines effectuées par la route aujourd'hui... Il faut donc accélérer le mouvement et l'innovation est assurément l’une des clefs de cette nouvelle logistique : mutualisation des espaces, amélioration des procédés constructifs, technologie des véhicules, etc. La réversibilité des espaces doit également être regardée : pourquoi ne pas imaginer demain d'installer des sites temporaires de logistique urbaine le temps qu'une opération d'aménagement se réalise ?

A l’échelle du Grand Paris, ces problématiques sont bien entendu décuplées. La constitution d'un "patrimoine de logistique urbaine" au service de l'approvisionnement de la distribution de la zone métropolitaine est sans doute un enjeu essentiel pour la compétitivité de la métropole à moyen terme. Quelles places occuperont les acteurs publics dans le déploiement de ce maillage ? Tous les modèles existent dans le monde aujourd'hui : de la municipalisation des infrastructures de distribution à la mutualisation de bases logistiques entre acteurs privés. Les acteurs du Grand Paris vont devoir choisir.

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