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2020, une étape vers quel objectif 2050 ?

La politique européenne dite des « trois 20 en 2020 » commence à être connue : en comparaison avec 1990, d’ici 2020 les émissions de gaz à effet de serre doivent baisser en moyenne en Europe de 20%, l’efficacité énergétique doit progresser de 20% et la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique doit atteindre 20%. Grâce à la politique mise en œuvre dans les différents pays européens (et à la baisse d’activité due à la crise économique et financière apparue en 2007 et d’où nous ne sommes pas encore sortis), l’objectif relatif aux gaz à effet de serre devrait être atteint, celui relatif aux énergies renouvelables également, celui concernant l’efficacité énergétique sera plus difficile à être obtenu.
L’immobilier et le bâtiment devraient contribuer à ces résultats. Entre 1990 et 2008, dans l’Union Européenne, les émissions de CO2 ont baissé de 11% pour le secteur résidentiel et de 13% pour le secteur tertiaire. Cela dépend de l’évolution du parc et de la rigueur des hivers (les hivers de 1994, 2000, 2002 et 2007 ont été particulièrement doux). Pour la France, les résultats sont moins performants : augmentation sur la période de 11% pour le résidentiel, baisse de 5% pour le tertiaire1. La baisse de 38% sur le parc immobilier français entre 2009 et 2020 fixée par la loi n° 2009-967 du 3 août 2009, dite Grenelle 1, n’est pas impossible à atteindre : un scénario avec moins 20% grâce aux travaux, moins 10% grâce à une meilleure exploitation et moins 10% grâce une meilleure utilisation n’est pas irréaliste.
Alors que les professionnels de l’immobilier et du bâtiment sont de plus en plus nombreux à prendre conscience des défis à relever pour atteindre les objectifs de 2020, la Commission Européenne définit déjà les scénarios 2050. Un document très intéressant, projet de communication de la Commission sur « La feuille de route pour une économie bas carbone en 2050 », est donné en annexe à la présente chronique.
Les deux objectifs géo stratégiques sont rappelés : lutte contre le dérèglement climatique et diminution de la dépendance de l’Europe vis-à-vis des fournisseurs d’énergie fossile. Cette politique s’impose aux différents secteurs de l’économie. L’immobilier est particulièrement visé : il représente à lui seul en Europe 40% de la consommation énergétique et 36% des gaz à effet de serre2.
Pour atteindre l’objectif de l’accord international de Copenhague de décembre 2009, confirmé par celui de Caucun de décembre 2010 (augmentation moyenne de la température de la planète de 2°C maximum d’ici 2100), il est nécessaire que l’Europe diminue ses émissions de gaz à effet de serre de 80% entre 1990 et 2050.
L’intérêt du projet de communication de la Commission Européenne est son approche sectorielle. L’économie est décomposée en six secteurs : production d’énergie, industrie, transports, immobilier, agriculture, autres secteurs générant des émissions hors CO2.
Après le secteur de la production d’énergie, où une baisse des émissions de gaz à effet de serre de l’ordre de 93 à 99% est espérée entre 1990 et 2050 grâce à un développement massif des énergies renouvelables, du nucléaire et du stockage du CO2, l’immobilier est la deuxième cible : une baisse de 88 à 91% des émissions est espérée entre 1990 et 2050 ! Les possibilités d’amélioration sont jugées beaucoup plus fortes dans l’immobilier comparé aux transports ou à l’agriculture. Dans les transports, la baisse envisagée n’est « que » de l’ordre de 54 à 67%. Dans l’agriculture, elle est de 42 à 49%.
Il s’agit d’une première version de communication de la Commission Européenne, rédigée sous l’autorité de Mme Hedegaard, commissaire européenne chargée de l’Action pour le climat. Ce texte sera amendé avant son adoption définitive. Mais les ordres de grandeur ne seront pas bouleversés : le CO2 émis par l’immobilier devra, disons, baisser de 75 à 90% entre 1990 et 2050.
Quand les professionnels de l’immobilier et du bâtiment abordent la rénovation d’un immeuble ou d’un parc d’immeubles, combien intègrent l’objectif, à terme, d’un facteur 4 ou 5 de baisse du CO2 émis dans cet immeuble ou dans ce parc d’immeubles ?

1Chiffres clés du climat. Edition 2011. Ministère chargé de l'Ecologie et CDC Climat, page 29.


2 Sans compter l’énergie et le CO2 nécessaires d’une part à la construction, la rénovation et la démolition des

immeubles, et d’autre part aux transports des utilisateurs, en particulier quand l’immeuble n’est pas construit sur une

ligne de transport en commun.