Point de vue de Laurent Escobar, Adéquation

Qui pour apporter les “services en plus” des programmes résidentiels ?

Une innovation s’invite depuis peu dans les discussions entre aménageurs et promoteurs : le service aux habitants. Sa conception et son exploitation pourraient bien devenir un métier en soi, ce qui pose la question du modèle économique et en premier lieu des acteurs.

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L’idée selon laquelle une offre de services pour les habitants et autres usagers d’un quartier neuf vient élever la qualité de vie et la valeur de l’immobilier est de plus en plus partagée.

Les promoteurs y répondent souvent en proposant l’installation d’une conciergerie gérant un bouquet de services et d’une offre de mobilité du type vélos électriques. Ils s’appuient pour cela sur des sociétés spécialisées dans ces activités.

Pour trouver sa rentabilité, le prestataire devra non seulement facturer ses services, forfaitairement et/ou “à l’acte”, mais aussi attirer des clients au-delà de la sphère trop étroite des résidents des programmes immobiliers concernés.

Le promoteur prend à sa charge l’investissement initial et un à deux ans de financement du service, pendant lesquels les résidents en bénéficient gratuitement ou à moindre coût.

L’argument de vente semble intéressant, même s’il se traduit en réalité par une légère élévation du prix de l’appartement. Pour le promoteur, l’opération est sinon gagnante, du moins neutre.
Il reste que rien, dans ce schéma, ne garantit la pérennité du service au-delà de la période de gratuité. En outre, l’offre de services est relativement limitée et standardisée.

Nous travaillons à l’élaboration d’un modèle alternatif qui fait intervenir les acteurs de l’économie sociale et solidaire (ESS).

Ces acteurs proposent une gamme étendue de services de proximité tels que : crèche parentale, co-working, café associatif, ateliers créatifs, ressourcerie, recyclerie, jardins partagés, épicerie collaborative…

Il y a au moins cinq raisons de voir en eux des candidats sérieux pour développer des partenariats dans le cadre de projets urbains.

1) L’appui d’un réseau
Les acteurs de l’ESS sont fédérés en réseaux nationaux pour partager leurs expériences, s’entraider et repérer les opportunités locales de développement de leurs services, par exemple au sein d’un projet urbain.

2) Le maillage territorial
Localement, ils se développent par maillage, par exemple en multipliant les points de distribution des AMAP. Une nouvelle antenne de service vient donc souvent renforcer une offre qui existe déjà : on ne part pas de rien.

3) La mutualisation
Les entreprises de l’ESS savent se mutualiser pour construire des offres globales à la carte, là où l’approche classique consiste à aligner des enseignes spécialistes (la conciergerie, les vélos électriques, mais aussi le co-working, la crèche…) avec l’addition de coûts fixes qui en résulte.

4) L’adaptabilité
Elles sont elles-mêmes en phase d’incubation, souvent avec le soutien de collectivités locales. Les intégrer au projet urbain est une manière partenariale de les soutenir, mais aussi de laisser de la place à l’imprévu, aux opportunités, aux tests.

5) La compétence relationnelle
Leur appartenance à l’économie sociale et solidaire en fait des partenaires de choix pour travailler en outre à l’appropriation des services par les habitants ou à leur co-construction avec eux.
Des partenariats entre promoteurs, entreprises de services “classiques” et entreprises de l’économie sociale et solidaire sont un excellent moyen d’assurer non seulement la diversité, mais aussi très probablement la pérennité des services proposés.