Carrières
Benoît du Passage, Jones Lang LaSalle

"Nous avons adapté le profil de Jones Lang LaSalle à celui d’une société de services"

L’évolution des directions immobilières fait bouger les lignes chez les conseils en immobilier d’entreprise. Benoît du Passage, Pdg de Jones Lang LaSalle France et Europe du Sud, nous explique comment le broker s’est adapté à cette nouvelle donne.

Benoît du Passage, Pdg de Jones Lang LaSalle France et Europe du Sud.
Business Immo : Quel regard porte un conseil sur l’évolution du directeur immobilier ?
Benoît du Passage : Il y a autant de directions immobilières que d’utilisateurs. Pour autant, le sujet immobilier est monté en gamme au sein des entreprises. Longtemps, il a été vu comme un mal nécessaire, avec une approche irrationnelle de son implantation et de son utilisation. Par exemple, la taille des bureaux du ou des dirigeants a longtemps été un critère discriminant dans le choix d’un immeuble. Ce temps appartient à la préhistoire. Une deuxième phase a été guidée par le seul driver des critères financiers. On rationalise, on densifie, on se délocalise dans la seule optique de faire des économies. Ce temps me semble aussi révolu à la vue de certains retours d’expérience de grandes entreprises qui ont finalement beaucoup plus perdu de valeur qu’elles n’ont économisé de loyers. Aujourd’hui, l’immobilier s’inscrit dans le projet managérial de l’entreprise et devient, à ce titre, stratégique. Dans ce contexte, les directions immobilières prennent en charge une équipe projet qui peut intégrer la DRH, le secrétariat général ou des membres du comité exécutif.
BI  : Comment un conseil s’adapte-il à l’évolution des directions immobilières ?
BdP : Pour répondre à cette organisation en mode projet, nous avons adapté le profil de Jones Lang LaSalle à celui d’une société de services en agrégeant de nouvelles compétences sur la conduite du changement, la conception et l’aménagement d’espaces, l’assistance à maîtrise d’ouvrage, le workplace, le conseil stratégique... Le conseil Corporate suppose une logique différente du broker, à commencer par le mode de rémunération où nous facturons des journées/hommes.
BI : Le conseil aux utilisateurs est-il compatible avec celui des investisseurs ?
BdP : Je crois qu’un ancrage dans le marché immobilier est fondamental pour délivrer un conseil de qualité aux utilisateurs. On ne peut pas prétendre guider une entreprise dans son choix d’implantation, dans la restructuration ou même le repositionnement de l’un de ses actifs si l’on ne peut appréhender le marché dans ses moindres détails.
BI : De quand datez-vous ce tournant dans l’organisation des conseils en immobilier ?
BdP : Chez nous, c’est la fusion entre Jones Lang Wooton et LaSalle qui a été le véritable déclencheur. Nous avions deux business model à faire cohabiter. L’un, directement dupliqué du modèle anglais, consistait à servir uniquement les investisseurs et développeurs où il était difficile d’apporter une valeur ajoutée quand on ne connaissait pas les problématiques immobilières des utilisateurs. L’autre, venu des Etats-Unis, était de servir d’abord les entreprises. En France, notre pari a été de développer notre offre de services en direction des Corporate en se structurant comme une société de services et en le distinguant de notre activité de conseil aux investisseurs. Sur ce point, nous sommes beaucoup plus en avance que les Britanniques.
BI : Et la prochaine étape ?
BdP : Augmenter encore les compétences et renforcer la palette de services pour couvrir l'ensemble des problématiques immobilières des utilisateurs.

Cette interview fait partie du dossier "Direction immobilière : les nouvelles partitions" du magazine #101.

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