Carrières
Point de vue d'Antoine Rouet, Delpha Conseil

Redonner à l’immobilier sa place au sein des entreprises

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Il y a quelques jours, lors d’une manifestation organisée par l’ADI, plusieurs personnalités du monde de l’immobilier sont intervenues sur le thème de la côte du directeur immobilier. Entendre Christian CleretGilles Betthaeuser ou Marc Lhermitte s’exprimer m’a fait réfléchir sur notre métier.

En France, 10% des entreprises du CAC 40 et 25% des grandes entreprises n’ont pas de directeur immobilier, alors qu’elles ne sont que 5% dans le reste de l’Europe ou les pays anglo-saxons. Les directeurs immobiliers sont également faiblement représentés dans les COMEX des grands groupes, qui semblent avoir des difficultés à appréhender leur rôle. Le risque est d’assister à un déclin de l’influence du directeur immobilier qui pourrait mener à sa disparition pure et simple.

Comment en est-on arrivé là ?

L’immobilier apparaît souvent comme une contrainte, un « mal nécessaire », mais rarement comme une solution. Avec notre approche souvent trop « technique » de nos métiers, nous ne sommes pas étrangers à ce phénomène. L’évolution permanente des réglementations et des normes nous a confortés dans une position d’expert qui, au lieu de nous légitimer, nous a isolés.

La création de valeur via l’immobilier a été identifiée et prise en compte il y a une vingtaine d’années.

Cette prise de conscience aurait dû logiquement donner du poids au directeur immobilier, mais seule la valeur de l’immeuble lui-même a été considérée. Il m’apparaît alors que pour gérer des actifs dont la valeur n’est que matérielle, nul besoin d’un directeur immobilier. Un directeur financier est amplement suffisant.

L’immobilier, une valeur humaine

L’immobilier représente pourtant tellement plus qu’une simple valeur matérielle ! Si le principal actif d’une entreprise est incarné par les hommes, la création de valeur principale ne passe-t-elle pas par eux ? Et si l’immobilier pouvait permettre à ces hommes de créer plus de valeur, dans un environnement plus favorable, plus facile à vivre ? Et si nous leur permettions, grâce au béton, à la brique et au bois, d’être heureux au travail ? Notre place ne serait-elle pas alors au coeur de l’entreprise, au plus haut niveau décisionnel ?

D’autres fonctions ont su évoluer. C’est notamment le cas des DRH qui, de simples « responsables des paies » ont désormais une place prépondérante dans les entreprises, souvent en prise directe avec les directions générales. Les DRH ont su démontrer la « valeur » de l’homme en permettant au salarié d’être plus qu’un simple numéro : un potentiel que l’on doit accompagner dans son évolution mais aussi aider à s’épanouir.

Le statut des DSI est également en évolution. Encore attachés à beaucoup de contraintes il y a peu (ERP, compatibilité des outils, restrictions des utilisations…), ils évoluent vers des services permettant une plus grande productivité et un plus grand confort, bien aidés en cela par la nouvelle révolution industrielle du digital.

Nous devons considérer notre technicité non comme une finalité mais comme un support de notre action. Apprendre à compter permet de déterminer la création de valeur d’un projet et non d’indiquer que la création de valeur n’est pas possible car le calcul ne le permet pas ! Au même titre, au lieu d’être contraints dans les aménagements par des normes d’accessibilité, ces dernières devraient nous permettre d’accueillir tous les Hommes pouvant créer de la valeur.

Nous avons devant nous une immense opportunité, incarnée par les générations Y et Z. Ces jeunes gens sont beaucoup moins sensibles à l’évolution professionnelle que la génération X, dont je fais partie. Les hiérarchies s’aplanissent et le bien-être au travail et la façon de travailler deviennent prépondérants dans l’évolution de carrière. Qui d’autre que nous, professionnels de l’immobiliers, peuvent permettre à ces générations de se réaliser ?

Bâtir en considérant les besoins

Pour terminer, je ferais un parallèle avec l’aventurier Sud-Africain Mike Horn, qui a notamment descendu le fleuve Amazone à la nage et fait le tour du monde en suivant la ligne de l’équateur. Pour ce dernier projet, réalisé sans véhicule motorisé et en solitaire, Mike Horn a dû transporter en permanence un sac à dos de 48 kg. Pour créer ce sac, il a d’abord déterminé l’ensemble des éléments qu’il devait emporter puis il les a ordonnancés ensemble pour qu’ils prennent le moins de place possible. Enfin, il a fait fabriquer le sac « autour », en prévoyant un accès facile aux éléments essentiels.

Ne devrions-nous pas avoir une approche similaire ? Déterminer les besoins puis créer l’immobilier autour. Certes, la transposition brute n’est pas envisageable et peut même sembler candide, mais le principe général me semble parfaitement résumer l’approche que nous devrions avoir de nos métiers.

Créons en fonction du besoin, nous serons alors créateurs de valeur pour les entreprises et trouverons de facto notre place au sein des organes décisionnels.