Jamais le BHV – Bazar de l’Hôtel de Ville – n’aura aussi bien porté son nom. La cession des murs du grand magasin parisien par le groupe Galeries Lafayette signe la fin d’une transaction chaotique qui aura duré près de trois ans. On est d’ailleurs plus proche d’une série Netflix que d’un deal immobilier, avec ses rebondissements, ses trahisons, son suspense…
Dans le premier rôle : Frédéric Merlin. 34 ans. Gueule de star. Parcours insolent avec sa foncière familiale SGM. Sauf que l’enfant prodige de l’immobilier de commerce est devenu entre-temps le mauvais génie du secteur. Celui qui, avec Shein, a fait rentrer le loup dans la bergerie. Et a osé s’en vanter en déployant une immense banderole devant les fenêtres de la mairie de Paris.
Des « guests » se sont invités dans le feuilleton. À l’exemple de Xaviel Niel, toujours à l’affût d’une bonne affaire immobilière qui, après le BHV Homme, a tenté sa chance sur le vaisseau amiral de la rue de Rivoli.
Mais c’est finalement un nouvel acteur qui a surgi de nulle part pour s’emparer des murs du grand magasin au nez et à la barbe de la SGM, incapable de trouver un financement. Un acheteur – Brookfield – dont on ne comprend pas très bien pourquoi il tient à demeurer si secret sur une opération si publique.
On y trouve même la petite minute démagogique quand Anne Hidalgo propose de racheter les murs du BHV. Ben voyons, les Parisiens ne sont pas à 300 M€ près !
Dans toute cette affaire, tout le monde s’est excité sur l’immeuble, mais personne ne s’est réellement penché sur le devenir du modèle des grands magasins. Un modèle en grande difficulté dans le monde, à l’exemple de l’américain Saks, qui s’est déclaré en faillite au début de l’année. Un modèle dont il ne reste que quelques survivants – Le Printemps, les Galeries Lafayette, Le Bon Marché ou encore la Samaritaine.
Il reste de ces cathédrales du commerce, qui ont façonné l’urbanisme et l’esthétisme parisien, des bâtiments uniques, iconiques. C’est peut-être cela que Brookfield a acheté. Un actif d’exception. Une localisation unique. Et très certainement un usage à repenser. Après tout, on l’a déjà vu dans la capitale. Pas plus tard qu’en octobre dernier avec la livraison du nouveau Louvre Saint-Honoré, jadis un grand magasin, aujourd’hui une fondation d’art contemporain et des bureaux premium repensés par SFL.
Le BHV n’a peut-être plus vocation à rester seulement un bazar, mais à devenir un « Beau Hub de Vie ». Ce qui ne manquera pas de ravir son voisin d’en face.