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5 janvier 2026 | 11:40 CET

« Pour CBRE, il faudra retrouver de l’attractivité afin d'aller chercher des talents et rester différenciant »

Raphael Brault a officiellement succédé à Fabrice Allouche comme CEO France de CBRE le 1er janvier. Entretien.
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Raphael Brault, nouveau CEO France de CBRE (DR)

Raphael Brault a officiellement succédé à Fabrice Allouche comme CEO France de CBRE le 1er janvier. Pour Business Immo, il évoque ce grand saut, non sans mentionner ses ambitions pour le groupe.

Business Immo : Pourquoi rejoindre CBRE France à cet instant précis de votre carrière ?

Raphael Brault : C’est pour moi l’opportunité d’aborder l’industrie immobilière sous un troisième prisme, celui du conseil, après des expériences en banque d’affaires (Morgan Stanley) et comme gestionnaire d’actifs pour compte de tiers, d’abord en dette (Sienna), puis en equity et dette (AEW).

Dans le contexte actuel, ponctué de mouvements transformants et de mutations en cours, nous sommes très attendus. Qui plus est au cœur d’un cycle qui a créé beaucoup de perturbations et de volatilité, entraînant des ajustements de valeurs et des réflexions stratégiques.

Aborder l’industrie sous l’angle du conseil pour apporter de l’information, si possible de l’innovation, ainsi que de la conviction à des acteurs qui s’interrogent sur leurs allocations, entre autres, c’est une idée qui a rapidement fait son chemin, c’est un moyen d’être au cœur des réflexions stratégiques. À mes yeux, le moment était opportun à l’aune d’un probable redémarrage de cycle – après quatre ans de cycle baissier, espérons avoir enfin atteint un plateau –, même si cela prendra du temps.

BI : Vous allez donc vivre une autre expérience…

RB : J’avais le sentiment d’avoir bien navigué sur le segment de la gestion d’actifs pour compte de tiers, un environnement à la fois passionnant et frappé d’une certaine lourdeur liée à une réglementation de plus en plus compliquée à lire, avec parfois des signaux contradictoires. Les métiers de conseils ont une attractivité formidable ; ils sont au cœur d’une industrie qui dispose d’une liberté d’expression plus importante que dans l’industrie régulée de la gestion d’actifs pour compte de tiers.

Dans ce cadre, il me faudra anticiper les attentes des clients ; j’en ai été un, ma mission s’en trouvera peut-être facilitée…

BI : Enviiez-vous ce rôle de conseil quand vous aviez le rôle d’investisseur ?

RB : On ne m’a jamais appris à regarder dans l’assiette du voisin, donc je ne suis pas envieux (rires). Les conseils sont à la fois acteurs et observateurs à 360° – ils ont une vision complète du marché –, c’est absolument passionnant. Vous côtoyez tous les acteurs, l’ensemble des poches de capitaux, des stratégies, etc. Ils sont au confluent de toute l’information et charge à eux de la restituer aux clients afin qu’ils fassent le bon choix.

J’avais donc envie de voir autre chose, de retrouver une courbe d’apprentissage, de rencontrer des acteurs très différents dans un univers de commerciaux, avec une approche de l’immobilier très différente.

BI : Allez-vous découvrir des pans d’activités ?

RB : Si je suis tout à fait honnête, j’étais jusqu’ici éloigné du métier de conseil aux utilisateurs, Tenant Rep, et de l’accompagnement des grands corporates dans leur stratégie immobilière. À moi d’intégrer très rapidement les rouages de ce métier.

BI : Le marché du brokerage subit les soubresauts d’un marché immobilier en souffrance. Qu’allez-vous faire pour apporter un souffle nouveau ?

RB : Nous allons aborder une nouvelle phase du cycle plus enthousiasmante après les presque quatre années d’ajustement que nous venons de traverser. Un redémarrage est à la fois espéré et souhaitable même s’il risque d’être très progressif. Après, il faut savoir se réinventer. Je le dis sans prétention aucune : si CBRE est allé chercher des profils qui sortent un peu de l’ordinaire – c’est le cas au Royaume-Uni et en France –, c’est probablement pour apporter un regard différent et rapprocher davantage le groupe de ses clients.

BI : Et, du coup, comment apporter ce fameux souffle ?

RB : Quand vous arrivez dans une nouvelle société, vous avez un rapport d’étonnement, ce qui est logique. Vous vous posez des questions sur des schémas établis : c’est vrai dans l’approche du client, la manière de l’accompagner, mais aussi dans l’organisation interne. Il faut donc regarder la maturité des organisations, des marchés, et trouver le positionnement juste.

Ce souffle nouveau, ou plutôt ce dynamisme, passera sans doute par une adaptation de l’organisation à une concurrence nouvelle, qui est venue prendre des parts de marché. Il faudra retrouver de l’attractivité afin d'aller chercher des talents et rester différenciant en matière de services. Au fil des ans, CBRE s’est donné la capacité d’accompagner ses clients sur l’ensemble de la chaîne de valeur ; être un one-stop-shop, avoir une vision internationale, c’est une marque de fabrique que nous devons faire perdurer.

BI : Quand verrons-nous la « patte » Raphael Brault sur CBRE France ?

RB : Je n’ai pas la prétention d’avoir une patte particulière, si ce n’est que je crois au travail. Je pense avoir des valeurs de probité, d’exemplarité, d’écoute. J’estime que nous avons une responsabilité collective. Ensemble, nous allons trouver des solutions ; cette culture doit être diffusée. Elle est d’ailleurs déjà assez présente chez CBRE. Il y a une vraie énergie.

BI : Votre feuille de route est-elle déjà établie ?

RB : Elle découle de l’environnement de marché et concurrentiel. Les investisseurs, depuis trois ou quatre ans, s’interrogent sur leur allocation immobilière à l’échelle de leur stratégie globale. La remontée des taux a réduit l’énorme attrait de l’immobilier. Aujourd’hui, nous revenons à un paradigme dit « classique », dans lequel l’immobilier retrouve sa place naturelle : les taux se sont stabilisés, les prix se sont alignés, les investisseurs ont rééquilibré leur allocation. À nous d’apporter la conviction que nous entrons dans un environnement relativement stable. C’est une partie de ma feuille de route.

À l’échelle de CBRE, je souhaite démontrer que nous sommes en mesure de les conseiller au mieux. Sur toute la partie valorisation, commercialisation, utilisateurs et investisseurs, cela ne fait aucun doute. Sur la partie marché de capitaux, il faut réaccompagner les clients, renforcer les équipes, s’organiser de manière à inspirer la confiance en continuant à gagner des parts de marché, en dépit de l’arrivée de nouveaux acteurs.

BI : Vous dites vouloir « adapter l’organisation »…

RB : Le conseil se doit toujours d’être dans la réflexion de savoir s’il travaille selon des verticales, qui sont les classes d’actifs, ou s’il crée du transverse pour partager les bonnes pratiques et apporter la meilleure qualité de services.

BI : Est-ce difficile de succéder à Fabrice Allouche ?

RB : C’est forcément difficile. Fabrice a fait un travail extraordinaire ces 12 dernières années. Et je peux le dire en tant qu’observateur client. CBRE s’est transformée et Fabrice a su incarner cette société de manière exemplaire, la faire vivre dans un environnement de marché compliqué et compétitif. Honnêtement, je tiens à saluer son travail.

Lui succéder, c’est donc une fierté et un sacré défi. Mais j’arrive avec ma propre personnalité, avec mes qualités je l’espère (sourire). Je ne vais pas chercher à le copier, je vais essayer d’apporter des choses différentes, ce qui participera à une forme de nouveauté et d’attractivité.