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Gilets jaunes, colère noire, peur bleue

© Fotolia/Raphal

À la veille du 10e acte de la mobilisation des Gilets jaunes, les commerçants font savoir leur ras-le-bol. Pas seulement dans les couloirs feutrés de Bercy par l’intermédiaire de leurs organisations professionnelles. Dès mercredi, les commerçants de Toulouse ont placardé un panneau « À vendre » sur leur vitrine pour interpeller les passants – qui ne sortent plus le samedi – mais aussi les pouvoirs publics qui ne peuvent maîtriser quelques casseurs, sur l’urgence de la situation.

Car il y a bien urgence. Le mouvement des Gilets jaunes pèse concrètement sur les chiffres d’affaires des commerçants. Le Procos a livré des chiffres qui donnent froid dans le dos. En dépit du Black Friday, l’activité a chuté de 6,8 % en novembre, avec une « rupture très forte » à compter du 17 novembre, début de la mobilisation. Décembre s’est terminé avec un recul de 3,9 % du chiffre d’affaires des magasins, sans véritable transfert sur internet dont les ventes progressent de 8,9 % alors que le trend de croissance est d’habitude autour de 14 %. Tous canaux de distribution confondus, l’ensemble de l’activité des enseignes baisse en moyenne de 2,5 % sur le mois de décembre, crucial pour le commerce. Les dégâts seront considérables, tant sur le plan financier que pour l’emploi. 

Derrière la colère noire des commerçants, c’est une même une peur bleue qui traverse toute la filière. Le mouvement des Gilets jaunes vient frapper au plus mauvais moment une industrie qui doit se réinventer pour enrayer une baisse de son chiffre d’affaires (-3,3 % sur 2018) et surtout de la fréquentation des magasins (-6,7 % en 2018). Depuis cinq ans, la fréquentation des commerces est en chute libre. 

L’ensemble de la filière craint un effet domino. Le Procos appelle à « l’Union sacrée », interpellant notamment les bailleurs à être souples sur les échéanciers de loyers que la plupart des commerçants payent en avance à chaque début de trimestre. Mais, au-delà de la gestion de la trésorerie, c’est bien l’attractivité du commerce physique qui est en jeu. Les enseignes l’ont parfaitement compris et, pour se réinventer, investissent massivement dans la digitalisation de leur canaux de distribution. La question est de savoir comment financer ces investissements. Les enseignes laissent entendre que la mutation du commerce ne sera pas portée par les seuls commerçants. En clair, il faudra une baisse générale des loyers pour restaurer des marges de manœuvre. Les bailleurs travaillent sur la qualité et l’attractivité de leurs centres commerciaux, leurs retail parks ou leurs emplacements de centre-ville. C’est la limite de l’Union sacrée et le retour aux affaires. 

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