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Point de vue par un collectif de 45 acteurs de la ville et du végétal

Pour une ville-nature !

© © AdobeStock – ra2 studio

Bien que jusqu'à huit fois moins médiatisée que le changement climatique, l'érosion de la biodiversité est une réalité scientifiquement avérée et une urgence tout aussi absolue. 

Intégrer pleinement le vivant à la ville durable est non seulement une impérieuse nécessité, mais aussi un défi à portée de main de l'ensemble des acteurs, pouvant générer de la valeur, tant sociale qu'économique.

La ville, coresponsable de l'érosion de la biodiversité

Un million d'espèces sont menacées de disparition dans les prochaines années, d'après les experts internationaux de l'IPBES (Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services), tandis que s'opère une brutale diminution des effectifs : 80 % des populations d'insectes ont disparu en 30 ans et les effectifs d'oiseaux ont connu une chute de 30 % en 15 ans.

Prétendre sauver la nature en favorisant la biodiversité urbaine serait bien présomptueux. La responsabilité de l'étalement urbain dans la crise du vivant est réelle, avec une artificialisation des sols équivalente à la surface d'un département français tous les sept ans, entraînant la dégradation des habitats, facteur de déclin des populations.

Une déconnexion aux conséquences dramatiques

Urgence climatique et urgence du vivant sont intimement liées. En se déconnectant des écosystèmes, avec une accumulation d'infrastructures techniques rendant chacune un nombre de services limité, la ville s'est aussi rendue plus vulnérable que jamais, victime de dysfonctionnements majeurs appelés à s'intensifier avec le réchauffement climatique : canicules et îlots de chaleur, fortes pluies et inondations, etc.

Notre déconnexion du vivant, que les scientifiques qualifient d'« extinction des expériences de nature », source d'une « amnésie de la nature », serait en grande partie responsable de l'inaction environnementale : « Moins on vit connecté à la nature, moins on la protège. »

Une demande sociale qui ne se dément pas

Les enquêtes rapportent unanimement un fort désir de nature. 92 % des Français estiment qu'il « n'y a pas assez de nature en ville » (Enquête NewCorp Conseil, 2018). La nature devient un facteur d'attractivité : 83 % des jeunes diplômés réclament un environnement de travail vers (chaire immobilier et développement durable de l'Essec, 2016). Et pourtant, la concrétisation tarde et 72 % des habitants de l'agglomération parisienne aspirent à aller vivre ailleurs (Obsoco, 2019).

Des solutions existent. Mobilisons-les !

Pour redevenir désirable, la ville doit demeurer vivable. La résilience peut pleinement compter sur les services écosystémiques – infiltration naturelle des eaux, rafraîchissement, filtrage des polluants atmosphériques, création de trames vertes et bleues et de nouvelles aménités – déclinés en « solutions fondées sur la nature ». De nouveaux outils, labels et chartes, fédèrent activement les parties prenantes, guident les projets et structurent les financements. Le coût de l'action est bien inférieur à celui de la passivité et, qu'elle soit directe ou dite immatérielle, la valeur générée par la nature est incontestable.

Pour une ville-nature !

La demande sociale rend possible un changement profond et nous oblige à être au rendez-vous de l'histoire : initier une véritable transition où le vivant devient partie intégrante de la transformation urbaine, en associant pleinement les citoyens.

Les municipalités multiplient les initiatives : appels à projets mobilisant des franges de foncier (toits, cours d'immeubles), permis de végétaliser, etc. Cependant, réduire la solution au verdissement d'interstices au bénéfice de quelques-uns, sans anticiper leur gestion future ni leur relation avec leur environnement, resterait bien en-deçà des défis à relever !
Nous devons passer de la ville à la ville-nature !

Agir à la hauteur des enjeux

Il s'agit, pour tout aménagement, de concevoir et de financer des espaces collectifs pour la création de « communs » de nature, quelle que soit la maîtrise d'ouvrage – publique, privée ou mixte.
Les schémas de cohérence territoriale (SCoT) et plans locaux d'urbanisme (PLU), surtout à l'échelle intercommunale, constituent des instruments de régulations précieux pour rendre concrète une indispensable ambition politique. Il convient au maximum de limiter la consommation et l'artificialisation des sols et même d'en reconquérir. La libération de foncier liée à l'émergence de nouvelles mobilités (autopartage, voiture autonome) constitue une formidable opportunité pour la création d'infrastructures vertes. Par ailleurs, une concertation efficace doit être engagée pour ouvrir la réflexion sur l'adaptation du patrimoine.

L'innovation doit avant tout viser la sélection de solutions robustes, au-delà des effets d'annonce et tout développement technologique s'appuyer sur la recherche. La gestion doit être systématiquement anticipée et mise en œuvre dans le temps long. Lieu de vie de plus de la moitié et bientôt de trois citoyens sur quatre, la ville doit enfin constituer le premier lieu d'éducation à la nature. Le lien sensible entretenu par chacun avec le vivant est fort et constitue probablement une des clés de notre sursaut environnemental.

Appel à l'action

Dans quelques mois, Marseille accueillera le congrès mondial de l'Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN), un événement majeur qui se tient tous les quatre ans et un préambule à la COP 15 « Biodiversité » de Kunming en Chine, où la France se mobilise pour promouvoir un accord international ambitieux.

Ensemble, portons la voix de la France, celle d'un élan inédit associant la société civile et les acteurs économiques. Maîtres d'ouvrages, publics et privés, professionnels de la construction, de l'aménagement, de l'immobilier, écologues, associations de protection de la nature, collectivités et institutions publiques, architectes, paysagistes concepteurs, producteurs de végétaux et de semences, entrepreneurs du paysage, entreprises de services à l'environnement et à la ville, chercheurs et citoyens, appelons à agir de manière rapide et structurée, au bénéfice de notre environnement et de notre vie : pour une ville-nature !
 

Une tribune signée par un collectif de 45 acteurs de la ville et du végétal dont Pierre Darmet, Jardins de Gally - secrétaire général du Conseil international biodiversité et immobilier (Cibi), Mikael Mercier, président de Val'hor (interprofession française de l'horticulture, de la fleuristerie et du paysage), Jean-Philippe Siblet, directeur de l'expertise, Muséum national d'histoire naturelle, Daniel Breuiller, vice-président de la Métropole du Grand Paris délégué à la mise en valeur du Patrimoine naturel et paysager, à la Politique de la nature et à l'Agriculture en ville.