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Point de vue de Fabrice Dumartin, Les Arches Métropole

Un peu de volontarisme pour le commerce !

Les quatre derniers mois que nous avons traversés ont été pour le moins déroutants, exceptionnels et terrifiants pour nombre de commerçants. La crise n’est d’ailleurs pas encore terminée et ses répercussions pourraient perdurer jusque tard en 2021. Certaines sociétés de distribution ont mis la clef sous la porte, quelle que soit leur taille : du petit commerçant à la grande enseigne.

© ArTo / Adobe Stock

L’e-commerce : grand gagnant de la crise du COVID-19

En parallèle pourtant, l’e-commerce se porte pour le mieux, enregistrant des chiffres records (+2,5 millions de clients supplémentaires en mars ; hausse de 71 % du trafic et de 83 % de chiffre d’affaires supplémentaire en avril). Le premier à en profiter est sans surprise le Gafa Amazon, dont les critiques s’élèvent tous azimuts : non-respect du confinement dans ses entrepôts, non-priorisation des produits de première nécessité, impunité fiscale, gaspillage, impact carbone, destruction d’emplois (en 2019, destruction de 7 900 emplois, plus encore en 2020)…

Oui l’e-commerce est un réel danger et la demande de moratoire formulée par la Confédération des commerçants de France, des organisations professionnelles, des associations, des parlementaires et des représentants des collectivités territoriales est une FORMIDABLE IDÉE ! Laisser les géants de l’e-commerce s’épanouir sans contrôle est irresponsable. Pourtant, d’ici 2021, une dizaine de nouveaux projets Amazon et Alibaba (son homologue chinois) devraient sortir de terre, sans avoir à payer ni taxe sur les surfaces commerciales (Tascom), ni taxe locale sur les enseignes et publicités extérieures (TLPE), ni taxe-terrasse, etc. ; ni obligation de fermeture de weekend et jours fériés ni contrôle d’aucune sorte de la part des Commissions départementales d’aménagement commercial (CDAC) ou autres entités…

J’ai longuement abordé ces sujets dans d’autres tribunes publiées sur Business Immo (« Pourquoi retail parks et commerces de proximité doivent-ils s’opposer ? » ; « Action Cœur de Ville : un ongle verni sur une gangrène » ; « Le commerce physique contre l’e-commerce : c’est Goliath contre un David sur un tank »). Certes, il faut légiférer pour éviter que ces géants n’imposent insidieusement une nouvelle façon, plus sédentaire, moins humaine de consommer. Mais, il faut aussi et surtout que le commerce physique prenne ses responsabilités.  

Les commerces physiques se concurrencent certes, mais se complètent surtout

Premièrement, il convient de comprendre quelque chose : lorsque vous ouvrez un nouveau commerce, vous pénalisez très souvent le chiffre d’affaires de ses concurrents, c’est mathématique. Ceux qui diront le contraire se trompent. Il est de fait tout à fait exact que le commerce de périphérie impacte le commerce de centre-ville (et vice-versa), mais tous les deux sont des commerces physiques qui apportent emplois, taxes aux collectivités, mais surtout permettent le développement de liens sociaux. Les retails parks d’aujourd’hui ne sont plus les zones commerciales d’antan. Ils offrent des lieux plus aboutis : des lieux plus expérientiels, plus respectueux de l’environnement, ouverts à une mixité urbaine où se côtoient commerces, loisirs…

N’oublions pas que nos commerçants de retails parks ne sont pas uniquement succursalistes, parfois propriété de fonds de pension étrangers. Ils sont aussi et de plus en plus, des franchisés indépendants issus du tissu humain local depuis des générations. C’est l’approche de proximité qui y prédomine. La sociologie de ces franchisés est en tous points comparable à celle d’un commerçant local. Ils défendent la même notion du commerce physique.

Faire de la périphérie le grand méchant est donc une incompréhension des évolutions qui ont pris place depuis plusieurs décennies. Le commerce de périphérie n’est pas opposé au commerce de centre-ville même si notre président de la République actuel semble y trouver encore le coupable idéal en proposant un moratoire sur les zones commerciales de périphérie.

Le centre-ville au cœur du commerce

Si les rapports humains sont l’apanage des commerces physiques, « l’achat plaisir » est celui des centres-villes. En famille ou entre amis, la phrase que nous entendons souvent est : « allons nous promener en ville ».

Pourtant des défauts y restent prégnants : le prix du foncier qui se retrouve hors des réalités économiques des commerçants, le manque d’accessibilité et le prix du stationnement, la limite en termes d’espace qui empêche des enseignes de grande taille de déployer leur plein potentiel, ou encore le manque d’animation qui donnent vie aux centres-villes. Pour chacune de ces problématiques, des réponses existent.

Une redéfinition nécessaire du centre-ville pour des loyers abordables

La notion de cœur de ville se doit d’évoluer et d’entrer dans le XXIe siècle. C’est en pleine conscience que les mairies doivent agir en stratèges, probablement en définissant un périmètre de cœur de ville plus restreint et plus proche des réalités de la consommation contemporaine. Elle serait alors capable de déployer de véritables leviers en préemptant massivement, de mettre en place des loyers encadrés et de faciliter la circulation en mode doux. Si vous êtes un commerce nécessaire, innovant, issu d’une production locale et dont la commune ne dispose pas, il serait possible de proposer une exemption de loyer (de 10 à 50 %), donnant aux commerçants dits de proximité plus de compétitivité et de créativité.

C’est un peu la même idée que la proposition du gouvernement de permettre à la Caisse des dépôts et consignations de racheter des locaux commerciaux situés en centre-ville pour les louer. Ceci étant, si je suis en accord avec une telle politique au niveau local, je reste dubitatif à l’échelon national. En effet, pourquoi l’État favoriserait-il l’un de ses enfants (les centres-villes) en laissant l’autre seul face à ces difficultés tout aussi réelles (les périphéries) ? La réponse est simple : parce qu’un bouc émissaire fait élire.

Le manque d’accessibilité et le prix du stationnement

La vraie différence entre la périphérie et le centre-ville est l’accessibilité. Dans un cas on trouvera d’immenses parkings gratuits, dans l’autre des places de stationnement plus rares et surtout bien plus chères.

Il faut donc agir de manière intelligente : fermer à la circulation automobile l’hyper cœur de ville, probablement les jours de marché ou de weekend afin qu’elles deviennent exclusivement piétonnes ; offrir une certaine gratuité de stationnement alentour ; augmenter également l’amplitude horaire de l’ouverture des commerces afin que l’animation perdure après les heures de travail où les consommateurs sont en capacité d’acheter.

Pour résumer trivialement : les achats plaisir pour des modes de déplacement doux en centre-ville ; les achats de première nécessité et encombrants en périphérie et pour des déplacements en voiture.

Le centre-ville, un choix de taille, mais une pensée locale

J’entends souvent s’élever les complaintes sur le dédain des grandes enseignes à propos des centres-villes et leur préférence envers la périphérie. C’est en réalité une chance ! Imaginez l’emplacement de pléthores de discounters alimentaires, de magasins de meubles, de déstocker en cœur de ville et réfléchissez aux contraintes et nuisances générées.

À l’inverse, certaines mairies l’ont bien compris et interdisent en périphérie l’installation de commerces de petite taille (exemple : inférieur à 300 m2 SP). La proposition de commerce y est donc différente et complémentaire de celle des périphéries : des friperies, des cordonniers, des magasins de textiles, des ébénistes, des bouchers…

Face à une demande grandissante locale et « locavore », des projets de Halles gourmandes (à l’image de nos marchés couverts d’antan) pourraient se développer et attirer massivement et ainsi faire une pierre deux coups : aider le centre-ville en le rendant attractif tout en aidant les agriculteurs à toucher directement les consommateurs. Le marché aux poissons de Trouville, le marché Saint-Pierre à Clermont-Ferrand, la Boqueria à Barcelone pour prendre un exemple en dehors de nos frontières, sont d’excellentes preuves de la faisabilité de tels concepts.  

Se convertir au numérique pour être maître de son destin

S’il est vrai que les communes ont un impact primordial en termes d’animation d’un centre-ville grâce à leurs nombreux dispositifs légaux (de même pour l’État), il n’en reste pas moins que c’est aux commerçants d’agir par eux-mêmes et pour eux-mêmes. 

Il n’est pas nécessaire d’attendre la nomination d’un manager de centre-ville pour animer son magasin, il n’est pas nécessaire d’attendre des aides pour entamer sa transition numérique. Ce développement, le XXIe siècle l’a rendu incontournable. Les consommateurs sont de plus en plus exigeants, souhaitent à la fois une approche de proximité et de conseil, tout en pouvant se faire livrer chez soi sans avoir à se déplacer si l’article n’est plus en magasin. S’en plaindre ne changera pas cet état de fait. Laisser aux géants de la Silicon Valley ou affiliés le monopole du e-commerce est le meilleur moyen de signer son arrêt de mort.

Nombre d’entrepreneurs-commerçants l’ont bien compris d’ailleurs et symbolisent ce volontarisme :

  • Salomé et Pierre Géraud du Drive Tout Nu, qui viennent de lever 500 000 € auprès d’investisseurs de l’économie sociale et solidaire pour accompagner le développement de leur modèle de « drive zéro déchet » sur toute la France
  • Le Biocoop de Landerneau qui a proposé durant le confinement des paniers alimentaires pour soutenir les producteurs locaux
  • L’Épicerie sur cours de Fabrice Bret qui expérimente le Click & Collect en partenariat avec la startup lyonnaise Speedle.

Les succès existent, il suffit de s’en inspirer.

Si vous ne devez retenir qu’une chose : attendre que l’État ou les communes agissent pour protéger ses commerçants est un véritable danger, car il fait reposer la survie de nos entreprises sur une hypothèse. Et je préfère l’action.

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