Tuer le ministère du logement pour… mieux le sauver

Richard Ferrand © FRED TANNEAU / AFP

D’aucuns en avaient rêvé, certains l’avaient même suggéré ouvertement. La nouvelle équipe gouvernementale vient de tuer le sacro-saint ministère du Logement, qui a été ces derniers temps une variable d’ajustement politique plus qu’une affaire de spécialistes. Le choc a été violent dans le microcosme, bien évidemment chez les organisations professionnelles, mais aussi chez les journalistes qui en ont perdu leurs repères… pendant quelques minutes. Le temps de la passation de pouvoirs entre Emmanuelle Cosse et Richard Ferrand, le nouveau ministre de la Cohésion des territoires et à ce titre « ministre du Logement ».
Dans ce quinquennat qui s’annonce littéraire, le sens des mots devient primordial. Gommer le vocable logement n’est pas anodin à condition toutefois de l’ouvrir à l’ensemble des actifs immobiliers. L’un des défis du ministre sera de ne pas oublier l’extraordinaire diversité de l’industrie immobilière, sa contribution à l’économie nationale et sa capacité à créer de l’emploi non délocalisable.
Intégrer la politique du logement dans la notion de territoire suggère ensuite une remise en cause de la tradition jacobine où tout se décide depuis Paris. Emmanuel Macron l’avait clairement annoncé dans son programme en affirmant sa volonté de concentrer ses actions sur les zones tendues. On ne peut plus appliquer une politique uniforme du logement sans tenir compte des spécificités territoriales. Les travers de la loi SRU, sur laquelle on revient aujourd’hui, le démontrent aisément quel que soit le fondement légitime de cette loi.
Privilégier la « cohésion » à « l’égalité » des territoires – notion introduite par Cécile Duflot – est non seulement plus pragmatique, mais surtout plus juste. La cohésion est la propriété d’un ensemble où toutes les parties sont solidaires, d’après le Larousse. Dans cette volonté de lutter contre la fracture territoriale, il aurait été incompréhensible de laisser la responsabilité de la politique de la ville au voisin.
« Il va de soi que la politique de la ville, le logement, l'aménagement du territoire… tout cela se devait d'être ensemble », a affirmé Richard Ferrand lors des différentes passations de pouvoirs. Une lapalissade à première vue. Mais, en réalité, le nouveau gouvernement se propose tout simplement de casser les silos. Il est évident qu’il va rencontrer des résistances. Il faudra aussi qu’il s’appuie sur des alliés.