Questions sur la « durabilité » de l’urbanisme commercial

So Green à Seclin (59) © sogreen-seclin.fr

Le sujet de la « durabilité » de l’urbanisme commercial s’est installé dans le débat public depuis quelque temps. Il est légitime. Les promoteurs et gestionnaires d’équipements commerciaux en ont conscience et sont prêts à y prendre part.

La « durabilité » peut s’entendre sous trois acceptions : économique, sociale et environnementale.

D’un point de vue économique, rappelons tout d’abord que la « main invisible » du marché finit toujours par agir et que le consommateur « vote avec ses pieds ». La moyenne d’âge des centres commerciaux en France est de 30 ans. Nul ne peut nier qu’il existe un besoin de rénover et de restructurer le parc existant, qu’il soit en centre-ville ou en périphérie. Rappelons par ailleurs que la France demeure un pays à la démographie positive, tant par son indice de natalité que par son solde migratoire. Certaines régions en profitent plus que d’autres et il y a là de la place pour quelques nouveaux projets ex nihilo. N’oublions pas également que les autorisations sont, dans notre pays, réglementées, et qu’il revient aux commissions qui en sont responsables de rendre leurs décisions avec discernement. Enfin, il convient de souligner que le commerce demeure une « vache à lait » fiscale. Il contribue en effet généreusement au budget de l’État à hauteur de 26 Mds€ de taxes et impôts par an, rien que pour les centres commerciaux. À ce propos, la profession aspire à une fiscalité basée sur l’activité plutôt que sur le foncier, de façon à « jouer à cartes égales », face aux « pure players » du commerce digital et éviter les effets de jungle « amazonienne ».

D’un point de vue social, l’échange de marchandises ou de services a toujours généré des lieux de vie et du vivre ensemble. Espaces sécurisés, les centres commerciaux constituent heureusement encore des « go zones » de la République au sein desquelles se mélangent les communautés et les générations. Ils comptent 525 000 emplois par nature non délocalisables mais surtout correspondent à un secteur économique pour lequel la notion « d’ascenseur social » n’est pas qu’un élément de langage. Sans nier la part croissante de l’e-commerce, rappelons que le segment le plus dynamique de celui-ci fait appel au « click & collect », preuve s’il en était besoin que l’interlocuteur physique reste, in fine, essentiel et que comme le déclarait le philosophe Raphaël Enthoven : « Jamais un clic ne remplacera une poignée de main ! »

D’un point de vue environnemental, les équipements commerciaux sont trop souvent accusés de tous les maux alors qu’ils n’ont pas attendu la publication de décrets inapplicables pour engager des actions vertueuses (la suspension récente par le Conseil d’État du décret dit « tertiaire » illustre à quel point nos gouvernants sont parfois éloignés de la réalité du terrain).

Ainsi en est-il des certifications environnementales et énergétiques qu’une majorité d’opérateurs ont systématiquement adoptées, tant au moment de la conception que de la gestion de leurs actifs commerciaux : HQE, Valorpark, Breeam et la plus récente, Well, intégrant tous les critères de la RSE. Enfin, des progrès considérables ont été accomplis dans la qualité de l’intégration urbaine. Comme le souligne l’architecte Jean-Paul Viguier, les trois notions fondamentales de l’architecture contemporaine sont le beau, l’utile mais également le durable. Les « boîtes à chaussures » des années 1970-1980 vont définitivement laisser la place aux équipements qui se caractériseront par leur qualité architecturale, leur transversalité spatiale et leur multifonctionnalité.

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