Eye of the broker

Selon les chiffres dévoilés cette semaine par Cushman & Wakefield, 26,1 Mds€ ont été investis l’an passé en France en immobilier d'entreprise banalisé (bureaux, commerces, entrepôts et locaux d'activités). Un volume en hausse de 39 % par rapport à la moyenne décennale, ce qui fait du millésime 2017 un très bon cru. Et pourtant, cette donnée livre une vision incomplète du dynamisme hexagonal : à la différence d’autres acteurs comme Real Capital Analytics, les grands brokers français rassemblés sous la bannière du GIE ImmoStat n’intègrent pas les opérations corporate dans leurs statistiques. Dommage, car elles ont largement animé le marché l’an passé.

Commençons par les transactions transfrontalières qui ont eu des répercussions en France et attardons-nous sur le cas particulièrement intéressant de la logistique. Logicor a été racheté par China Investment Corporation pour 12,25 Mds€. Au moment de l’opération, la société logistique détenait un portefeuille de 630 actifs, totalisant 13,6 millions de m² dans 17 pays dont l’Hexagone. Autre opération : l’acquisition de Gazeley par l’asiatique Global Logistic Properties moyennant 2,4 Mds€. Les actifs rachetés au fonds canadien Brookfields Asset Management représentent près de 3 millions de m² d’espaces logistiques répartis dans quatre pays, dont 14 % en France. Quand on sait que l’année 2017 est présentée comme le deuxième meilleur exercice jamais enregistré en matière d’investissement logistique par JLL alors que ces deals ne sont pas pris en compte, cela laisse songeur.

Même les opérations franco-françaises ne trouvent pas leurs places dans les statistiques des brokers. Pourtant, le rachat d’Eurosic par Gecina pour 3,3 Mds€ ou l’acquisition du bloc de contrôle d’ANF Immobilier par Icade au prix de 213 M€ ont eu des impacts significatifs en matière d’actifs immobiliers : la première a fait de la SIIC dirigée par Méka Brunel une des principales foncières européennes avec un patrimoine de 19,3 Mds€ et le leader du bureau avec plus de 15 Mds€ d’actifs concentrés sur la région parisienne (ndlr : chiffres communiqués au moment de l’annonce du deal), tandis que la seconde devait permettre de faire passer le patrimoine de la société encore contrôlée pour le moment par la Caisse des dépôts à plus de 10 Mds€.

Alors que l’année 2018 s’annonce comme celle du French Loving (vous pourrez retrouver un dossier sur le sujet dans notre magazine à l’occasion du Mipim), les brokers français seraient bien inspirés d’étendre le périmètre des transactions recensées en investissement pour élargir la focale et donner une photographie plus nette du marché.

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