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Point de vue de Matthias Navarro, REDMAN

La ville inclusive, ou comment le développement urbain doit être pensé au bénéfice de tous

Les Quais de Seine, à Paris © 120bpm / Fotolia

Les chiffres donnent le vertige tant la dynamique semble implacable.

En 2050 (temps relativement proche s’il en est) près de 70% de la population mondiale vivra dans des villes dont la taille ne va cesser de s’accroitre pour atteindre des niveaux effrayants.

En 2100 , Lagos (Nigéria) dominera de la tête et des épaules un classement où actuellement la capitale nigériane n’apparaît pourtant qu’en 13ème position : avec près de 90 millions de lagotiens, son édile sera à la tête d’une ville pouvant se classer parmi les 15 pays les plus peuplés au monde !

Une ville sous les radars telle que Dar es Salam (Tanzanie) va voir sa population passer de 6 à près de 74 millions d’habitants. Plus que la population française actuelle !

Cette rupture d’échelle dans les décennies à venir a été théorisée par Wellington E. Webb  (ancien maire de Denver - Colorado) avec la formule désormais célèbre « Le XIXème siècle était un siècle d’Empires ; le XXe un siècle d’Etats-nations. Le XXIe siècle sera celui des Villes ». La métropolisation des relations internationales est déjà une réalité.

Les enjeux qui en découlent sont immenses. Et ils sont immédiats.

Lorsqu'elle est maîtrisée, l'urbanisation contribue à sortir les populations de la pauvreté et constitue un moteur de croissance économique (les villes représentent actuellement environ 80% du PIB généré dans le monde).

Lorsqu’elle n’est pas maîtrisée, l’urbanisation peut conduire à une explosion des zones en bidonvilles et en effet domino entre autres, de conditions sanitaires inacceptables, de la pollution et de la criminalité.  

L’ONU a reconnu la nécessité de créer des villes « inclusives, sûres, résilientes et durables » pour que les populations puissent profiter des avantages de l'urbanisation. Malgré le large partage de cet engagement au niveau des instances internationales et gouvernementales, cela reste un défi.

  • Plus de 60% des terres qui devraient devenir urbaines d'ici 2030 n'ont pas encore été construites
  • 180.000 nouveaux citadins chaque jour
  • Les villes contribuent jusqu'à 70% des émissions totales de gaz à effet de serre
  • La population mondiale vivant dans des bidonvilles devrait atteindre près de 900 millions d'ici 2020

Et il serait faux de penser que l’ensemble de ces défis est réservé aux pays les moins avancés. Même les villes des pays les plus riches ont des difficultés à se développer de manière inclusive, générant notamment de très fortes polarisations spatiales. Plus une ville est attractive, plus elle va créer d’inégalités. Un habitant sur trois des villes de pays dits « développés » vit dans un bidonville.

Comment pouvons-nous construire des villes dans lesquelles tout le monde – sans distinction de genre, d’orientation sexuelle, de couleur de peau, d’âge, de religion, de moyens financiers ou de capacité physique – peut vivre et prospérer ?

Aller au-delà de la ville-intelligente (la fameuse « smart city ») est nécessaire. 

Pour s'assurer que les villes de demain offrent des opportunités et de meilleures conditions de vie pour tous, il est essentiel de comprendre que le concept de villes inclusives ajoute des dimensions sociales et solidaires aux principes – déjà presque classiques - de la smart city qui sont ceux de gestion des ressources énergétiques, alimentaires, environnementales et économiques.

Dans le développement d’une ville, deux tendances naturelles fortes se présentent, chacune d’entre elles pouvant être mortelle :

  • Ne pas maitriser la croissance (urbanisation sauvage, laissez-faire généralisé, …) engendrera à terme quartiers abandonnés, inégalités mortelles et en chaine, santé, mortalité infantile, …
  • Protection extrême avec des villes organisées en quartiers étanches les uns aux autres, tous transformés en ghettos, de riches ou de pauvres.

La force d’une ville est de gérer cela. Il ne s’agit pas de se protéger des autres, mais de voir comment on fait vivre tout cela ensemble. Ce n’est pas la ville qui est intelligente, mais des gens connectés qui créent une intelligence collective.

La mise en œuvre d’une inclusion urbaine nécessite de fournir des services de base abordables tels que le logement, l'eau et l'assainissement. Le manque ou la difficulté d'accès à ce type d’infrastructures et services essentiels demeure un combat quotidien pour de nombreux ménages défavorisés. Deux milliards de personnes dans le monde n'ont pas accès chez eux à l'eau potable.

Pour assurer l’inclusion sociale, la ville doit garantir l'égalité des droits et la participation de tous, y compris des plus marginalisés. Le manque d'opportunités pour les citadins pauvres est une réalité et une plus grande demande de voix des exclus sociaux une demande légitime.

Enfin, l’inclusion économique, élément essentiel de l'inclusion urbaine globale, passe par la création d'emplois et la possibilité pour tous les citadins de profiter des avantages de la croissance économique.

Ces dimensions sont liées et interactives. Mal gérés, ces facteurs marginalisent les gens et les piègent dans la pauvreté. Mis au bénéfice de tous, ils peuvent réussir des miracles en sortant des gens de l'exclusion et en améliorant leurs vies.

À l’heure de la compétition globale entre les villes-monde, la capacité à intégrer est un élément clé d’attractivité.

Le camp de migrant de la Porte de la Chapelle et la Station F, gigantesque campus de start-up, ont ouvert presque simultanément en 2017 à Paris. Deux mondes séparés par quelques stations de métro. La ville inclusive, c’est créer les conditions d’un parcours permettant de passer du camp au campus.

La diversité est un fait ; l'inclusion est un choix.

Mots-clés : ONU, Start-up, Station F, Smart City