Logement
Point de vue de Bernard Devert, Habitat et Humanisme

Loi Alur : Il est des modèles qui n’en sont plus

Habitat et Humanisme a présenté des amendements au projet de la loi Duflot en concertation avec ATD Quart Monde. Le rejet de ces derniers a conduit Bernard Devert, président d’Habitat et Humanisme, à la rédaction de cette tribune. Il sera reçu ce vendredi 20 septembre en commission au Sénat pour présenter et défendre ces axes.

Le corps social est en souffrance et comment ne le serait-il pas alors qu’une partie de ses membres est rejetée pour être de fait interdite d’accès au logement.

La question est dramatiquement banalisée pour connaître l’usure du temps quand bien même elle s’est aggravée ; elle habite le paysage sans créer l’indignation ni davantage la mobilisation. Le mal logement est une statistique qui n’émeut point : les chiffres ont occulté les visages.

Ce week-end, cependant, des professeurs du collège Henri Barbusse à Vaulx en Velin ont décidé de faire grève. Trop c’est trop ! Ecœurés pour avoir observé que cinq de leurs élèves vivaient dans des conditions déshumanisantes : le balcon d’un appartement cet été, puis maintenant la rue !

Nous ne le dirons jamais assez, l’absence de logement fait des victimes ; les premières d’entre elles sont les enfants pour l’être deux fois : un présent saccagé et un avenir compromis.

Avec le mouvement ATD quart monde, Habitat et Humanisme a présenté des amendements au projet de la loi ALUR aux fins d’orienter le supplément du loyer de solidarité à la réfaction sur quittance. Aucun foyer ne devrait se voir privé de logement pour insuffisance de ressources.

Une telle disposition ne s’inscrit-elle pas dans la logique du DALO. Cette loi qui exprima l’unité de la Nation à l’égard des plus fragilisés se doit d’être accompagnée de mesures financières si nous voulons vraiment que le logement soit un droit pour tous.

L’amendement proposé s’inscrit dans cette perspective avec deux conséquences : faciliter l’accès au logement et augmenter le ‘reste pour vivre’ de ces familles, notamment monoparentales, dont les ressources relèvent de la survie.

Le texte porté avec passion par M. Jean-Marie Tétart et M. Michel Piron est rejeté.

Madame Cécile Duflot n’en conteste pas la pertinence, faisant sien l’avis de la commission présenté par Mme Audrey Linkenheld soulignant que la proposition apparaît comme prématurée et qu’en tout état de cause, l’heure n’est pas de révolutionner notre modèle social.

Quand ce modèle laisse plus d’un million de personnes à la rue ou dans des conditions déshumanisantes, n’est-il pas précisément temps de trouver de nouvelles réponses.

La proposition d’amendement, loin d’être une révolution, est un changement de posture. Il n’est pas sans analogie à celui retenu par le monde médical qui a cessé de se draper dans un statut de mandarin pour se faire proche du malade. Le traitement social gagnerait à ce déplacement l’éloignant ainsi des mesures palliatives, sans effet à l’égard de la grande vulnérabilité.

Quand l’urgence de la solidarité pour ouvrir les portes apparaît comme une révolution, la société consent implicitement à l’exclusion, porte de l’explosion.

Nous voulons espérer que la guérison de nos maux sociaux est possible pour avoir entendu dans le débat parlementaire, certes, la crainte d’aller trop loin, mais sans pour autant contester le fondement d’un autrement.

Puisse la loi ALUR revêtir ces ouvertures attendues pour en finir avec le mal logement, tant il est une urgence et une espérance.