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Point de vue de Jacques Chatain, Auriga Partners

Demain, l’immobilier version 2.0

C’est dans un relatif anonymat, si ce n’est pour son prix, pas moins de 3,2 milliards de dollars, que Google a récemment annoncé l’acquisition de la société Nest. Un montant loin d’être anodin, d’autant moins quand le premier moteur de recherche et régie publicitaire en ligne au monde mise si fortement sur une start-up créée à peine trois ans avant. Un prix qui ne s’explique finalement que par l’intérêt stratégique que peut trouver l’acquéreur à reprendre un spécialiste des équipements intelligents pour la maison.

Véritable tournant pour l’industrie immobilière tout entière, cette opération l’est aussi pour Google qui vise à entrer au cœur du quotidien des consommateurs pour collecter des données sur leur vie et leur environnement en passant par une étape incontournable de leur quotidien : leur habitat. Et ce, dans un but que l’on devine aisément.

Une numérisation déjà omniprésente…

Plus largement, les technologies modernes ont proprement de quoi bouleverser le secteur immobilier après l’avoir déjà profondément fait dans d’autres activités telles que la distribution, les services, l’énergie… Qu’on le veuille ou non, elles interviendront massivement demain dans tous les types de bâtiment (bureaux comme habitations ou centres commerciaux), que ce soit dans la phase de construction, avec des matériaux de plus en plus évolués et à teneur technologique, mais aussi bien sûr dans la gestion de ces biens immobiliers où l’industrie numérique va progressivement prendre une place majeure. Le phénomène concerne tous les corps de métier de l’immobilier, des concepteurs (qui en savent déjà quelque-chose avec la généralisation du BIM – Building Information Modeling) aux gestionnaires en passant évidemment par les constructeurs ou les investisseurs. Autant dire que ce mouvement, comme cela est le cas dans les autres industries, s’annonce porteur de risques réels pour qui ne prendra pas les bonnes décisions, mais aussi de fantastiques opportunités.

…source de dangers et d’opportunités

Les dangers pour les acteurs de l’immobilier ? Etre submergés par des concurrents capables d’associer une infrastructure logicielle à forte valeur ajoutée au bâti à coûts constants et de créer une relation de long terme avec leurs occupants (à travers la nécessaire maintenance), poussant progressivement les « historiques » vers des marchés à moindre marge tout en leur imposant des postures défensives. Les enjeux sont d’autant plus grands que la mise en place de telles infrastructures nécessite un vaste déploiement donc un investissement financier en conséquence que peu d’entreprises sont capables d’assumer. A l’instar de la récente histoire du PC, c’est toute la chaîne de l’immobilier qui doit s’interroger sur sa capacité à créer de la valeur, au risque de n’être demain qu’un faire-valoir de quelques grands groupes du numérique.

Pour autant, cette évolution est également source de réelles opportunités, surtout dans le secteur immobilier français, un des premiers au monde, avec des acteurs majeurs d’envergure internationale. Avoir conscience de ces changements à venir, les préempter en s’impliquant très en amont dans l’émergence des technologies de demain appliquées au secteur immobilier, c’est non plus une option, mais très probablement une nécessité pour qui veut disposer des atouts nécessaires à la pérennité de son développement. Par chance, la France est également une des terres fertiles en matière de R&D, de création de start-up dédiées au numérique, mais aussi dans leur financement, notamment à travers des fonds de venture capital capables de dénicher ces pépites. Les nouvelles réglementations créent de plus un environnement fiscal favorable en permettant désormais aux grands groupes d’amortir leurs investissements dans les entreprises innovantes. Nos deux univers ont toutes les clés en main pour combiner leurs expertises et se rapprocher pour préparer l’Immobilier version 2.O.

Mots-clés : Google, Nest, Internet
Business Immo