Bourse / Finance
Point de vue d'Aurore Vialatte, IEIF

[POINT DE VUE] Les politiques monétaires expansionnistes sont-elles à même de changer les fondamentaux économiques ?

Le mois de mars 2015 est révélateur de l'influence déterminante des politiques monétaires expansionnistes sur les marchés. Ainsi, alors que la mise en oeuvre du calendrier d'une remontée des taux de la Fed est pour le moins hésitante, le démarrage du QE en Europe a fait souffler un vent d'optimisme parmi les investisseurs.

Outre-Atlantique, alors que les investisseurs scrutaient les minutes de la Fed essayant d'anticiper la prochaine date du relèvement des taux de l'organisme américain, les statistiques publiées sont venues tempérer la vigueur de la reprise de la deuxième puissance mondiale. Bien que la Fed ait révisé ses prévisions du taux de chômage à la baisse avec un taux de 5/5,2 % pour 2015 et 5 % en 2016 (contre 5,2 %-5,5 % et 5,2 % auparavant), l'ensemble des indicateurs de conjoncture souligne la fragilité de la reprise américaine. On notera ainsi un indice ISM manufacturier à 51,5 en mars (contre 52,9 en février et un consensus à 52,5), un indice ISM des services de 56,5 en mars (contre 56,9 en février et attendu), une création d'emploi à son plus bas niveau depuis un an à 126 000 postes (contre 248 000 prévus) enfin une croissance au 4e trimestre révisée à 2,2 % contre 2,6 % initialement.

Dès lors, la Banque centrale américaine a revu à la baisse ses prévisions de croissance avec des fourchettes de 2,3 % à 2,7 % en 2015 (contre 2,6 %-3 %) et 2,3 % à 2,7 % en 2016 (contre 2,5 %-3 %) tout comme ses prévisions d'inflation avec un taux de 0,6 % à 0,8 % en 2015 (contre 1 %-1,6 %) et de 1,7 % à 1,9 % en 2016 (contre 1,7 %-2 %). L'organisme confirme donc que l'économie américaine n'est pas suffisamment solide pour absorber une remontée des taux aussi faible soit telle. Toutefois, certains économistes soulignent que la faiblesse des statistiques américaines est surtout due à un hiver trop rude tout comme cela avait été le cas pour le premier trimestre 2014. Associée à la baisse du pétrole et à la cherté du dollar, cette météo peu clémente a largement pénalisé les bénéfices des entreprises américaines qui devraient être en recul d'environ 5% sur le premier trimestre 2015.

En Asie, les marchés restent agités. En effet, les investisseurs s'inquiètent du reflux des prix des matières premières et des données décevantes sur la production industrielle au Japon. Le gouvernement nippon a même révisé la croissance du 4e trimestre 2014 de 2,2 % à 1,5 %. Du côté chinois, les statistiques confirment un ralentissement économique avec un indice PMI manufacturier HSBC de 49,6 en mars (contre 50,7 en février et 49,2 attendu), un indice inférieur à 50 signifiant une contraction de l'activité économique, et un indice des prix à la production à -4,8 % sur un an. Les importations de la première puissance mondiale continuent leur repli en mars en raison d'une demande intérieure atone et du ralentissement économique du pays.

En Europe, malgré les tensions dues aux situations conflictuelles en Grèce et en Ukraine, les investisseurs restent optimistes. Tandis que la BCE a lancé son programme de rachat d'actifs de 60 Mds€ par mois le 9 mars, les statistiques économiques publiées viennent renforcer l'idée d'une reprise progressive des économies européennes. Ainsi, l'indice ISM manufacturier de la zone euro est de 52,2 en mars soit son plus haut niveau depuis mai 2014. L'indice IFO du climat des affaires en Zone Euro est de 103,9 en mars (contre 103,1 prévu). Plus précisément, en Allemagne les indicateurs confirment la bonne santé de la première économie européenne dopée par la faiblesse de l'euro. On notera ainsi un indice Zew de 54,8 en mars soit son meilleur niveau depuis février 2014 (contre 53 en février et 58,2 attendu) ou bien un indice IFO du climat des affaires qui affiche sa 5e hausse consécutive à 107,9 en mars soit son plus haut niveau depuis juillet 2014 (contre 106,8 en février et un consensus à 107,3). L'ensemble des pays européens semble suivre le mouvement porté par la baisse des prix des matières énergétiques et une compétitivité retrouvée grâce à la faiblesse de l' euro (-12 % depuis le 1er janvier). Certains y voient déjà l'impact positif de la mise en place d'une politique monétaire expansionniste, mais n'est-ce pas un peu tôt ? Dans nos sociétés totalement connectées, les effets des politiques économiques sont-ils désormais totalement correctement anticipés ?

Les indices immobiliers européens tout comme les indices de référence semblent confirmer que la crise économique prend fin. En effet, l'indice de performance globale Euronext IEIF REIT Europe gagne 1,6% sur le mois de mars, soit une croissance identique à celle de l'indice Dow Jones Stoxx 50. L'indice Euronext IEIF SIIC France progresse de 3,8 % à comparer au gain de 1,8 % de l'indice CAC 40 en mars.

Depuis le début de l'année, l'indice Euronext IEIF REIT Europe croît de près de 20 % tandis que l'indice Euronext IEIF SIIC France bondit de près de 24 % à comparer aux 15% de l'indice Dow Jones Stoxx 50 et 18 % du CAC40. Les résultats du premier trimestre 2015 permettront de jauger la santé des entreprises. Il sera alors possible d'évaluer les performances boursières de ce début d'année des foncières à l'aulne d'indicateurs concrets.