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Qui veut perdre des millions ?

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On a tout écrit sur la tour Triangle. Le meilleur comme le plus médiocre. Deux ou trois réflexions tout de même à la suite du vote du conseil de Paris qui s’est terminé lundi dernier en eau de boudin.

Anne Hidalgo perd une manche et affiche l’extrême fragilité de sa majorité municipale au grand jour. Cela pourrait paraître anecdotique pour les acteurs de l’industrie immobilière, mais pose question à l’heure où la nouvelle équipe aux manettes de la Ville de Paris ambitionne de co-construire le Paris de demain au travers de ses 23 projets urbains. Si l’on veut réellement mettre l’innovation urbaine et architecturale au premier plan, le refus de la tour Triangle reste un signal extrêmement négatif adressé aux acteurs immobiliers.

La tour Triangle a cristallisé toutes les attentions, preuve que les citoyens veulent participer au débat de la construction de la ville. Il est normal que les passions se déchaînent sur de tels objets architecturaux. Mais, il est dommage qu’un débat aussi important sur la place de l’architecture dans la ville, la greffe urbaine d’un tel objet à l’aube du Grand Paris, la capacité de répondre aux besoins des entreprises ou encore son usage dans un contexte de compétition accrue entre les métropoles soit confisqué par des sempiternelles querelles politiciennes.

La tour Triangle a été malheureusement prise en otage par la rivalité entre Anne Hidalgo et Nathalie Kosciusko-Morizet, qui a milité contre ce projet avant tout par opposition politicienne. Elle a pu embarquer la plupart des caciques de l’UMP à deux ou trois exceptions près. Des oppositions que l’on retrouve ailleurs et qui dépassent même les logiques de partis. Chez les Verts, Daniel Cohn-Bendit s’est prononcé en faveur de la tour, sans avancer réellement d’arguments autres que « cette tour a de la gueule ! ». En creux, il semble que ce soit surtout son opposition à Cécile Duflot et consorts qui le motive à prendre partie.

Au lieu d’obtenir un consensus auprès des élus locaux, la tour Triangle a dessiné de nouvelles fractures. Le projet a été défendu par Ian Brossat, l’adjoint au logement du maire de Paris. Le même qui stigmatise l’immobilier de bureaux vient défendre un projet de 90 000 m2 de… bureaux. En revanche, l’ancienne présidente du Medef, Laurence Parisot, qualifie ce projet de « grave erreur économique et esthétique ». Passons sur les critères esthétiques, plus inquiétant de la part de celle qui représentait des chefs d’entreprise de se prononcer sur la pertinence économique d’un projet d’initiative privée. A moins encore une fois qu’il ne s’agisse d’une forme d’amertume par rapport à son ancienne maison qui, elle, a pris fait et causes pour la tour Triangle.

« Je crois qu'on est le seul pays au monde où l'on peut refuser un investissement privé de 500 M€, c’est aberrant », a déclaré Guillaume Poitrinal au micro de BFM Business. Tout est dit.

Décryptage du projet de la tour Triangle : Guillaume Poitrinal et Jean-Louis Missika sur BFM Business